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Le Benedicite

The Psalm poems of Clément Marot

 - the texts -

 

* For more background information read the introduction or consult the chronological summary.

* The text of all Marot's Psalm poems or paraphrases (versifications, but not always in stanzas) were published in two collections. When these were published in one edition the original order was maintained (30 Pss Trente Pseaulmes and 20 Pss Vingt Pseaulmes). Below I also retain this order, but to easily find each Psalm translated by Marot, here is the complete list in numerological order, with hyperlinks to the text:

 

Psalms:

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15,
18, 19, 22, 23, 24, 25, 32, 33, 36, 37, 38, 43, 45, 46, 50, 51, 72, 79, 86, 91,
101, 103, 104, 107, 110, 113, 114, 115, 118, 128, 130, 137, 138, 143,
Canticle of Simeon (= 50th Psalm from the title)

 

* Concerning the layout, I print them as they appeared in the first editions, using the text, edited by G. Defaux in 1992 (which is freely available on the internet, but in plain text. I restored the original indents and/or blank lines between stanzas). You will notice that in the last 20 Pss. there are some that have no stanzas at all but are lyrical or epic poems (just jump to it, take a quick look and return here). Defaux reproduced the - in his opinion - final edition of Marot's Oeuvres as published by Etienne Dolet in 1543/44. This explains the relatively old-fashioned orthography (mainly for etymological purposes). The same Defaux also published a separate critical edition of the Psalms in 1995 (reprinted in ?) based on the 1543 [Geneva] edition, in which the orthography is progressive. His editions are not flawless, but can serve to gain access to the texts. Some clarification about a number of peculiarities:

  • The metrical indications above the Psalms like "à deux versetz pour couplet à chanter" [only in Roffet-1541 Trente Pseaulmes, and not above all Psalms] are not so mysterious as they look: they simply establish the link between the number of Bible verses ("versetz") versified, and the stanza ("couplet"). The cited example means that Marot translated two bible verses in one stanza. Occasionally one reads ''differentz de chant", signalling that the stanzas - or versified verses within one stanza - differ metrically. Very convenient for melody-composers.

  • The appropriation-tips (Pseaulme propre pour...) are unique to the Paris-editions by Roffet, and only appear in the 30 Pss. Whether they are Marot's can be doubted. Sometimes they contain very ad hoc references, often only of topical interest (f.i. to the "christians captivated by the Turcs" (ps. 137))or almost unconnected with the real translation-interpretation offered by Marot (f.i. Ps. 2 "contre les juifs". This is traditional antijudaism but absent in Marot's wording). They seem to be derived from a manuscript version, in which they are also present, often a little lenghtier (Ms. 2336, in BnF). The final Geneva edition of 1543 has no such appropriation tips at all.

  • On the other hand, the Arguments above each Psalm, are standard for almost all editions. They are suppressed by Dolet, but continue to appear in other secular and ecclesial editions. They provide a summary of the content or an interpretational framework. Almost all of them are completely inspired y the Argumenta that precede the Psalms in Martin Bucer's 1529/1532 Psalms Commentary (Latin), used by Marot to solve textual and exegetical difficulties. Mostly they simply offer a condensed and syntactically "frenchified" translation.

  • The text of the first official edition (1541) differs considerably from earlier clandestine prints and manuscripts, ànd also differs (less considerably, but still) from the final edition of the same Psalms in the 1543 Geneva edition. Marot revised his own work continuously. The text below follows the final edition (Geneva) since that text became the standard text both in ecclesial and in (most of the) secular publications. Some interesting variants will be added, esp. because in the musical tradition one often finds the older versions.

 

Trente Pseaulmes de David

mis en francoys, [selon la verite Hebraicque,] par Clement Marot, valet de chambre du Roy.

 

I

Pseaulme Premier, à deux versetz pour couplet à chanter

Beatus vir qui non abiit.

 

Argument: Ce pseaulme chante, que ceulx sont bien heureulx, qui regettans les meurs, et le conseil des maulvais, s'adonnent à congnoistre, et mettre à effect, la Loy de Dieu: et malheureux ceulx, qui font au contraire. Chose propre pour consoler les bons.

 

Qui au conseil des malings n'a esté,

Qui n'est au trac des pecheurs arresté,

Qui des mocqueurs au banc place n'a prise:

   Mais nuict, et jour, la Loy contemple, et prise

De l'Eternel, et en est desireux:

Certainement cestuy là est heureux.

 

Et si sera semblable à l'arbrisseau

Planté au long d'ung clair courant ruisseau,

Et qui son fruict en sa saison apporte,

   Duquel aussi la fueille ne chet morte:

Si qu'ung tel homme, et tout ce qu'il fera,

Tousjours heureux, et prospere sera.

 

Pas les pervers n'auront telles vertus:

Ainçoys seront semblables aux festus,

Et à la pouldre au gré du vent chassée.

   Parquoy sera leur cause renversée

En jugement, et touts ces reprouvés

Au reng des bons ne seront point trouvés.

 

Car l'Eternel les justes congnoist bien,

Et est soingneux et d'eulx, et de leur bien:

Pourtant auront felicité, qui dure.

   Et pour aultant qu'il n'a ne soing ne cure

Des mal vivants, le chemin qu'ilz tiendront,

Eulx, et leurs faicts, en ruyne viendront.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Beginning of Psalm 1 in the Geneva edition of Jean Girard, 1543

 

Ever noticed how cleverly Marot organises the first verse,
saving the first biblical word (Beatus/heureux)
till the very end of this stanza.

 

 

II

Pseaulme Second, à deux coupletz differentz de chant, chascun couplet d'ung verset

Quare fremuerunt gentes.

 

Argument: Icy veoit on comment David, et son royaulme, sont vraye figure, et indubitable prophetie de Jesuchrist, et de son regne. Pseaulme propre contre les Juifs.

 

Pourquoy font bruyt, et s'assemblent les gens?

Quelle follie à murmurer les meine?

Pourquoy sont tant les peuples diligens

A mectre sus une entreprise vaine?

 

Bandez se sont les grands Roys de la terre,

Et les Primats ont bien tant presumé

De conspirer, et vouloir faire guerre

Touts contre Dieu, et son Roy bien aymé:

 

Disants entre eulx desrompons, et brisons

Touts les lyens dont lyer nous pretendent:

Au loing de nous jectons, et mesprisons

Le joug, lequel mectre sur nous s'attendent.


Mais cestuy là, qui les haultz cieulx habite,

Ne s'en fera que rire de là hault.

Le Toutpuissant de leur façon despite

Se mocquera: car d'eulx il ne luy chault.

 

Lors s'il luy plaist, parler à eulx viendra

En son courroux (plus qu'aultre espouventable)

Et touts ensemble estonnés les rendra,

En sa faveur terrible, et redoubtable.

 

Roys, dira il, d'où vient ceste entreprinse?

De mon vray Roy j'ay faict election,

Je l'ay sacré, sa couronne il a prinse

Sur mon tres sainct, et hault [mont] de Sion.

 

Et je (qui suis le Roy, qui luy ay pleu)

Racompteray sa sentence donnée:

C'est qu'il m'a dict: Tu es mon Filz esleu,

Engendré t'ay ceste heureuse journée.

 

Demande moy, et pour ton heritage

Subjects à toy touts peuples je rendray:

Et ton Empire aura cest advantage,

Que jusqu'aux bords du monde l'estendray.

 

Verge de fer en ta main porteras,

Pour les dompter, et les tenir en serre,

Et s'il te plaist, menu les briseras,

Aussi aisé, comme ung vaisseau de terre.

 

Maintenant donc, ô vous et Roys, et Princes,

Plus entenduz, et sages devenez:

Juges aussi de terres, et provinces,

Instruction à ceste heure prenez.

 

Du Seigneur Dieu serviteurs rendez vous,

Craignez son ire, et luy vueillez complaire:

Et d'estre à luy vous resjouyssez touts,

Ayants tousjours crainte de luy desplaire.

 

Faictes hommaige au Filz, qu'il vous envoye,

Que courroucé ne soit amerement:

Affin aussi que de vie, et de voye,

Ne periss[i]ez trop malheureusement.

 

Car tout acoup son courroux rigoreux

S'embrasera, qu'on ne s'en donra garde.

O combien lors ceulx là seront heureux,

Qui se seront mys en sa saulvegarde!

 

III

Pseaulme Troisieme à ung verset pour couplet à chanter

Domine, quid multiplicati sunt?

 

Argument: David assailly d'une grosse armée, s'estonne du commencement. Puis prend une si grande fiance en Dieu, qu'apres l'avoir imploré il s'asseure de la victoire. Pseaulme propre pour ung chef de guerre moins bien accompaigné que son ennemy.

 

O Seigneur, que de gens

A nuyre diligens:

Qui me troublent, et grievent!

Mon Dieu, que d'ennemys,

Qui aux champs se sont mys,

Et contre moy s'eslevent!

 

Certes plusieurs j'en voy,

Qui vont disant de moy

Sa force est abolie:

Plus ne trouve en son Dieu

Secours en aulcun lieu:

Mais c'est à eulx follie.

 

Car tu es mon tres seur

Bouclier, et deffenseur,

Et ma gloire esprouvée:

C'est toy, à brief parler,

Qui fais que puis aller

Hault la test levée.

 

J'ay crié de ma voix

Au Seigneur maintesfoys,

Luy faisant ma complaincte:

Et ne m'a repoulsé,

Mais toujours exaulcé

De sa Montaigne saincte.

 

ps. 3 edition Roffet 1543.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ps. 3, edition by Roffet, 1543

Dont coucher m'en iray,

En seurté dormiray,

Sans craincte de mesgarde:

Puis me resveilleray,

Et sans peur veilleray,

Ayant Dieu pour ma garde.

 

Cent mil' hommes de front

Craindre ne me feront,

Encor qu'ilz l'entreprinssent,

Et que pour m'estonner,

Clorre, et environner,

De tous costés me vinssent.

 

Vien doncq', declaire toy

Pour moy mon Dieu, mon Roy,

Qui de buffes renverses

Mes ennemys mordants,

Et qui leur romps les dents

En leurs bouches perverses.

 

C'est de toy Dieu treshault,

De qui attendre fault

Vray secours, et deffense:

Car sur ton peuple estends

Tousjours en lieu, et temps,

Ta grand' beneficence.

 

IV

Pseaulme Quatriesme à ung verset pour couplet à chanter

Cum invocarem, exaudivit me.

 

Argument: En la conspiration d'Abschalom, il invocque Dieu: reprent les princes d'Israel conspirans contre luy, les appelle à repentance: et conclud qu'il se trouve bien de se fier en Dieu. Pseaulme pour ung prince qu'on veult deposer de son throsne.

 

Quand je t'invocque, helas escoute,

O Dieu de ma cause, et raison,

Mon cueur serré, au large boute,

De ta pitié ne me reboute,

Mais exaulce mon oraison.

 

Jusques à quand gens inhumaines,

Ma gloire abbatre tascherez?

Jusques à quand emprinses vaines,

Sans fruict, et d'abusion pleines

Aymerez vous, et chercherez?

 

Sachez, puis qu'il le convient dire,

Que Dieu pour son Roy gracieux

Entre touts m'a voulu eslire:

Et si à luy crie, et souspire,

Il m'entendra de ses haults cieulx.

 

Tremblez doncques de telle chose,

Sans plus contre son vueil pecher:

Pensez en vous ce que propose,

Dessus voz licts, en chambre close,

Et cessez de plus me fascher.

 

Puis offrez juste sacrifice,

De cueur contrict, bien humblement,

Pour repentance d'ung tel vice:

Mectant au Seigneur Dieu propice

Voz fiancés entierement.

 

Plusieurs gens disent, qui sera ce,

Qui nous fera veoir force biens?

O Seigneur, par ta saincte grâce,

Vueilles la clarté de ta face

Eslever sur moy, et les miens.

 

Car plus de joye m'est donnée

Par ce moyen (ô Dieu tres hault)

Que n'ont ceulx qui ont grand' année

De froument, et bonne vinée,

D'huyles, et tout ce qu'il leur fault.

 

Si qu'en paix, et en seurté bonne

Coucheray, et reposeray.

Car Seigneur, ta bonté l'ordonne:

Et elle seulle espoir me donne,

Que seur, et seul regnant seray.

 

V

Pseaulme Cinquiesme à ung verset pour couplet à chanter

Verba mea auribus percipe.

 

Argument: David en exil ayant beaucoup souffert, et s'attendant souffrir d'advantaige, par les flatteurs qui estoient autour de Saül, dresse sa priere à Dieu, puis se console, quand il pense que le Seigneur a tousjours les maulvais en hayne, et qu'il favorise les bons. Pseaulme propre contre les calumniateurs.

 

Aux parolles que je veulx dire,

Plaise toy l'oreille prester,

Et à congnoistre t'arrester

Pourquoy mon cueur pense, et souspire,

Souverain Sire.

 

Entends à la voix tres ardante

De ma clameur mon Dieu, mon Roy,

Veu que tant seullement à toy

Ma supplication presente

J'offre, et presente.

 

Matin devant que jour il face,

S'il te plaist, tu m'exaulceras:

Car bien matin prié seras

De moy, levant au ciel la face,

Attendant grâce.

 

Tu es le vray Dieu, qui meschance

N'aymes point, ne malignité:

Et avec qui (en verité)

Malfaicteurs n'auront accointance,

Ne demourance.

 

Jamais le fol, et temeraire

N'ose apparoir devant tes yeulx:

Car tousjours te sont odieux

Ceulx, qui prennent plaisir à faire

Maulvais affaire.

 

Ta fureur pert, et extermine

Finablement touts les menteurs.

Quant aux meurtriers, et decepteurs,

Celluy qui terre, et ciel domine

Les abomine.

 

Mais moy, en la grand' bonté mainte,

Laquelle m'as faict savourer,

Iray encores t'adorer

En ton Temple, en ta maison saincte,

Dessoubs ta crainte.

 

Mon Dieu, guide moy, et convoye

Par ta bonté, que ne soys mys

Soubs la main de mes ennemys:

Et dresse devant moy ta voye,

Que ne forvoye.

 

Leur bouche rien de vray n'ameine,

Leur cueur est feint, faulx, et couvert,

Leur gosier ung sepulchre ouvert:

De flatterie faulse, et vaine

Leur langue est pleine.

 

O Dieu, monstre leur qu'ilz mesprennent:

Ce qu'ilz pensent faire deffaicts:

Chasse les, pour leurs grands meffaicts:

Car c'est contre toy qu'ilz se prennent,

Tant entreprennent!

 

Et que touts ceulx se resjouyssent,

Qui en toy ont espoir, et foy:

Joye auront sans fin dessoubs toy,

Avec ceulx qui ton Nom cherissent,

Et te beneissent.

 

Car de bien faire tu es large

A l'homme juste, ô vray Saulveur,

Et le couvres de ta faveur,

Tout ainsi comme d'une targe

Espesse, et large.

 

VI

Pseaulme Sixiesme, à ung verset pour couplet à chanter

Domine, ne in furore tuo arguas me.

 

Argument: David malade à l'extremité, a horreur de la mort, desire avant que mourir, glorifier encores le nom de Dieu: puis tout acoup se resjouyt de sa convalescence, et de la honte de ceulx qui s'attendent à sa mort. Pseaulme propre pour les malades.

 

Ne vueilles pas, ô Sire,

Me reprendre en ton ire,

Moy, qui t'ay irrité:

N'en ta fureur terrible

Me punir de l'horrible

Tourment, qu'ay merité.

 

Ains, Seigneur, vien estendre

Sur moy ta pitié tendre,

Car malade me sens.

Santé doncques me donne:

Car mon grand mal estonne

Touts mes os, et mes sens.

 

Et mon Esprit se trouble

Grandement, et au double,

En extreme soucy.

O Seigneur plein de grâce,

Jusques à quand sera ce,

Que me lairras ainsi?

 

Helas, Sire, retourne:

D'entour de moy destourne

Ce merveilleux esmoy.

Certes grande est ma faulte,

Mais, par ta bonté haulte,

De mourir garde moy.

 

Car en la mort cruelle

Il n'est de toy nouvelle,

Memoire, ne renom.

Qui penses tu, qui die,

Qui loue,et psalmodie

En la fosse ton Nom?

 

Toute nuict tant travaille,

Que lict, chalit, et paille,

En pleurs je fays noyer:

Et en eau' goutte à goutte

S'en va ma couche toute,

Par si fort larmoyer.

 

Mon oeil pleurant sans cesse

De despit, et destresse,

En ung grand trouble est mys:

Il est envieilly d'ire,

De veoir entour moy rire

Mes plus grands ennemys.

 

Sus, sus, arriere iniques,

Deslogez tyranniques,

De moy touts à la foys:

Car le Dieu debonnaire

De ma plaincte ordinaire

A bien ouy la voix.

 

Le Seigneur en arriere

N'a point mys ma priere,

Exaulcé m'a des cieulx:

Receu a ma demande

Et ce que luy demande

Accordé m'a, et mieulx.

 

Doncques honteux deviennent

Et pour vaincuz se tiennent

Mes adversaires touts.

Que chascun d'eulx s'eslongne

Subit, en grand' vergongne,

Puis que Dieu m'est si doulx.

 

VII

Pseaulme Septiesme à ung verset pour couplet à chanter

Domine Deus meus in te speravi.

 

Argument: Il prie d'estre preservé de la grande persecution de Saül, mect en avant son innocence, requiert le royaulme à luy promis, et confusion à ses adversaires. Finalement, il chante qu'ilz periront de leurs propres glaives, et en loue Dieu. Pseaulme pour ung prince qui en guerre a le droit pour soy.

   

Mon Dieu, j'ay en toy esperance:

Donne moy donc saulve asseurance

De tant d'ennemys inhumains,

Et fays, que ne tombe en leurs mains:

 

Affin que leur chef ne me gripe,

Et ne me desrompe, et dissipe,

Ainsi qu'ung Lyon devorant,

Sans que nul me soit secourant.

 

Mon Dieu, sur qui je me repose,

Si j'ay commys ce qu'il propose,

Si de luy faire ay projecté,

De ma main, tour de lascheté:

 

Si mal pour mal j'ay voulu faire

A cest ingrat, mais au contraire,

Si faict ne luy ay tour d'Amy,

Quoy qu'à tort me soit ennemy:

 

Je veulx, qu'il me poursuyve en guerre,

Qu'il m'attaigne, et rue par terre,

Soit de ma vye ruyneur,

Et mecte à neant mon honneur.

 

Leve toy donc, leve toy Sire

Sur mes ennemys en ton ire,

Veille pour moy, que je soys mys

Au droit, lequel tu m'a promys.

 

A grands trouppeaulx le peuple vienne

Autour de la Majesté tienne:

Soys pour la cause de nous deux

Hault eslevé au milieu d'eulx.

 

Là des peuples Dieu sera Juge.

Et alors, mon Dieu, mon refuge,

Juge moy en mon equité,

Et selon mon integrité.

 

La malice aux malings consomme

Et soustien le droict, et juste homme,

Toy juste Dieu, qui jusqu'au fons

Sondes les cueurs maulvais, et bons.

 

C'est Dieu, qui est mon asseurance,

Et mon pavoys: j'ay esperance

En luy, qui garde, et faict vainqueur

Ung chascun, qui est droict de cueur.

 

Dieu est le Juge veritable

De celluy qui est equitable,

Et de celluy, semblablement,

Qui l'irrite journellement.

 

Si celluy, qui tasche à me nuire

Ne se veult changer, et reduire,

Dieu viendra son glaive aguiser,

Et bander son arc, pour viser.

 

Desjà le grand Dieu des alarmes

Luy prepare mortelles armes:

Il faict dards propres, et servants

A poursuivre mes poursuivants.

 

Et l'aultre engendre chose vaine,

Ne conçoit que travail, et peine,

Pour enfanter (quoy qu'il en soit)

Le rebours de ce, qu'il pensoit.

 

A caver une grande fosse

Il met solicitude grosse:

Mais en la fosse qu'il fera

Luy mesmes il tresbuchera.

 

Le mal, qu'il me forge, et appreste

Retournera dessus sa teste:

Brief, je voy le mal qu'il commet

Luy descendre sur le sommet.

 

Dont louange au Seigneur je donne,

Pour sa Justice droicte, et bonne:

Et tant que terre hanteray,

Le nom du Treshault chanteray.

 

VIII

Pseaulme Huictiesme à ung verset pour couplet à chanter

Domine, Dominus noster, quam.

 

Argument: Avecques grande admiration, David celebre icy la merveilleuse puissance du createur de toutes choses, et la grande bonté dont il a daigné user envers l'homme, l'ayant faict tel qu'il est. Pseaulme que toute creature humaine devrait sçavoir et chanter.

 

O Nostre Dieu, et Seigneur amyable

Combien ton Nom est grand, et admirable,

Par tout ce val terrestre spacieux,

Qui ta puissance esleve sur les cieulx!

 

En tout se voit ta grand vertu parfaicte,

Jusqu'à la bouche aux enfants, qu'on allaicte,

Et rendz par là confuz, et abbatu

Tout ennemy, qui nie ta vertu.

 

Mais quand je voy, et contemple en courage

Tes cieulx, qui sont de tes doigts hault ouvrage,

Estoilles, Lune, et signes differents,

Que tu as faictz, et assis en leurs rengs.

 

Adonc je dy apart moy (ainsi comme

Tout esbahy) et qu'est ce que de l'homme?

D'avoir daigné de luy te souvenir,

Et de vouloir en ton soing le tenir?

 

Tu l'as faict tel, que plus il ne luy reste,

Fors estre Dieu: car tu l'as, quant au reste,

Abondamment de gloire environné,

Remply de biens, et d'honneur couronné.

 

Regner le fays sur les oeuvres tant belles

De tes deux mains, comme Seigneur d'icelles.

Tu as de vray, sans quelque exception,

My soubs ses piedz tout en subjection:

 

Brebis, et Boeufz, et leur peaulx, et leurs laines,

Touts les trouppeaulx des haultz montz, et des plaines,

En general, toutes bestes cerchants

A pasturer, par les boys, et les champs:

 

Oyseaulx de l'air, qui vollent, et qui chantent,

Poissons de mer, ceulx qui nagent, et hantent

Par les sentiers de mer, grands, et petits,

Tu les as touts à l'homme assubjectis.

 

O Nostre Dieu, et Seigneur amyable,

Comme à bon droict est grand, et admirable,

L'excellent bruyt de ton Nom precieux,

Par tout ce val terrestre spacieux!

 

IX

Pseaulme Neufviesme à ung verset pour couplet à chanter

Confitebor tibi Domine in toto corde meo.

 

Argument: C'est ung chant triumphal, par lequel David rend grâces à Dieu de certaine bataille qu'il gaigna, en laquelle mourut son principal ennemy (aulcuns estiment que ce fut Goliath): apres il magnifie la justice de Dieu, qui venge les siens en temps et lieu. Pseaulme propre pour un chef de guerre vaincueur.

 

De tout mon cueur t'exalteray

Seigneur, et si racompteray

Toutes tes oeuvres nonpareilles,

Qui sont dignes de grands merveilles.

 

En toy je me veulx resjouyr,

D'aultre soulas ne veulx jouyr:

O Treshault, je veulx en cantique

Celebrer ton Nom autentique:

 

Pource que par ta grand' vertu

Mon ennemy s'enfuyt battu,

Desconfit de corps, et courage,

Au seul regard de ton visage.

 

Car tu m'a esté si humain,

Que tu as prins ma cause en main,

Et t'es assis, pour mon refuse,

En chaire, comme juste Juge.

 

Tu as deffaict mes ennemys,

Le meschant en ruyne mys:

Pour tout jamais leur renommée

Tu as estainte, et consumée.

 

Or çà, ennemy cault, et fin,

As tu mys ton emprinse à fin?

As tu razé noz cités belles?

Leur nom est il mort avec elles?

 

Non, non: le Dieu, qui est là hault,

En regne, qui jamais ne fault,

Son Throsne a dressé tout propice

Pour faire raison, et justice.

 

Là jugera il justement

La terre ronde entierement,

Pesant les causes en droicture

De toute humaine creature.

 

Et Dieu la retraicte sera

Du paovre, qu'on pourchassera,

Voire sa retraicte opportune,

Au plus dur temps de sa fortune.

 

Dont ceulx, qui ton Nom congnoistront,

Leur asseurance en toy mectront:

Car Seigneur, qui à toy s'addonne,

Ta bonté point ne l'abandonne.

 

Chantez en exultation

Au Dieu, qui habite en Sion:

Noncez à gens de toutes guises

Ses oeuvres grandes, et exquises.

 

Car du sang des justes s'enquiert,

Luy en souvient, et le requiert:

Jamais la clameur il n'oublie

De l'affligé, qui le supplie.

 

Seigneur Dieu, ce disoys je en moy,

Voy par pitié, que j'ay d'esmoy

Par mes ennemys remplys d'ire,

Et du pas de mort me retire:

 

Affin qu'au milieu de l'enclos

De Sion, j'annonce ton los:

En demenant resjouyssance,

D'estre recoux par ta puissance.

 

Incontinent les malheureux,

Sont cheutz au piege faict par eulx:

Leur pied mesme s'est venu prendre

Au filé, qu'ilz ont osé tendre.

 

Ainsi est congneu l'immortel,

D'avoir faict ung jugement tel,

Que l'inique a senty l'oultrage,

Et le mal de son propre ouvrage.

 

Croyez, que tousjours les meschants

S'en iront à bas tresbuchants,

Et toutes ces gens insensées

Qui n'ont point Dieu en leurs pensées.

 

Mais l'homme paovre humilié

Ne sera jamais oublié:

Jamais de l'humble estant en peine,

L'esperance ne sera vaine.

 

Vien Seigneur, monstre ton effort,

Que l'homme ne soit le plus fort:

Ton pouvoir les gens venir face

En jugement devant ta face.

 

Seigneur Dieu, qui immortel es,

Tressaillir de crainte fay les:

Donne leur à congnoistre, comme

Nully d'entre eulx n'est rien, fors qu'homme.

 

X

Pseaulme Dixiesme à deux versetz pour couplet à chanter

Domine ut quid recessisti longe.

 

Argument: Icy les biens vivans se plaignent à Dieu que toutes manieres de meschantz regnent au monde, dont les povres et petits sont oppressez: et y sont descriptes les meschancetez dont envers eulx usent les mal vivans. Pseaulme propre pour le temps qui court.

 

Dont vient cela, Seigneur, je te supply,

Que loing de nous te tiens, les yeulx couverts?

Te caches tu, pour nous mectre en oubly?

Mesmes au temps, qui est dur, et divers?

   Par leur orgueil sont ardants les pervers

A tourmenter l'humble, qui peu se prise:

Fais que sur eulx tombe leur entreprise.

 

Car le maling se vante, et se faict seur,

Qu'en ses desirs n'aura aulcun deffault:

Ne prisant rien que l'avare amasseur,

Et mesprisant l'Eternel de là hault.

   Tant est il fier, que de Dieu ne luy chault:

Mais tout cela, qu'il pense en sa memoyre,

C'est Dieu n'est point, et si ne le veult croyre.

 

Tout ce qu'il fait tend à mal sans cesser,

De sa pensée est loing ton jugement:

Tant est enflé, qu'il cuyde renverser

Ses ennemys, à souffler seullement.

   En son cueur dit: D'esbranler nullement

Garde je n'ay: car je sçay qu'en nul eage

Ne peult tomber sur moy aulcun dommage.

 

D'ung parler feint, plein de deception,

Le faulx parjure est tousjours embouché:

Dessoubs sa langue avec oppression,

Desir de nuyre est tousjours embusché.

   Semble au brigand, qui sur les champs caché,

L'innocent tue en caverne secrette,

Et qui de l'oeil paovres passants aguette.

 

Aussi l'inique use du tour secret

Du Lyon cault en sa taniere, helas,

Pour attraper l'homme simple, et paovret,

Et l'engloutir, quand l'a prins en ses laqs.

   Il faict le doulx, le marmiteux, le las:

Mais soubs cela, par sa force perverse,

Grand' quantité de paovres gens renverse.

 

Et dit encor, en son cueur vicieux,

Que Dieu ne veult la souvenance avoir

De tout cela: et qu'il couvre ses yeulx,

A celle fin de jamais n'en rien veoir.

   Leve toy doncq, Seigneur, pour y pourveoir:

Haulse ta main dessus, je te supplie,

Et ceulx qui sont persecutés n'oublie.

 

Pourquoy irrite, et contemne en ses faicts

L'homme meschant le Dieu doulx, et humain?

En son cueur dit qu'enqueste tu n'en fais:

Mais tu vois bien son meffaict inhumain,

   Et voyant tout prends les causes en main.

Voylà pourquoy s'appuye le debile

Sur toy, qui es le support du pupille.

 

Brise la force, et le bras plein d'exces

Du malfaicteur inique, et reprouvé:

Fais de ses maulx l'enqueste, et le proces,

Plus n'en sera par toy ung seul trouvé.

   Lors à jamais, Roy de touts approuvé,

Regnera Dieu: et de sa terre saincte

Sera la race aux iniques estaincte.

 

O Seigneur doncq, s'il te plaist tu oyrras

Ton paovre peuple, en ceste aspre saison:

Et bon courage, et espoir luy donras,

Prestant l'oreille à son humble oraison:

   Qui est de faire aux plus petits raison,

Droict aux foullés: si que l'homme de terre

Ne vienne plus leur faire peur ne guerre.

 

XI

Pseaulme Unziesme, à deux coupletz, différents de chant, chascun couplet d'ung verset

In Domino confido.

 

Argument: Il se complainct de ceulx qui le chassoyent de toute la terre d'Israel. Puis chante sa confiance en Dieu, et le jugement d'icelluy sur les bons, et sur les mauvais. Pseaulme consolatif pour ceulx qui sont en tribulation, et mis hors de grâce de leurs seigneurs.

 

Veu que du tout en Dieu mon cueur s'appuye,

Je m'esbahy, comment de vostre mont,

Plustost qu'oyseau dictes que je m'enfuye.

 

Vray est que l'arc les malings tendu m'ont,

Et sur la corde ont assis leurs sagettes,

Pour contre ceulx, qui de cueur justes sont,

Les descocher, jusques en leurs cachettes.

 

Mais on verra bien tost à neant mise

L'intention de telz malicieux,

Quel' faulte aussi a le juste commise?

 

Sachez que Dieu a son Palays aux cieulx:

Dessus son Throsne est l'Eternel Monarque:

Là hault assis, il voyt tout de ses yeulx,

Et son regard les humains note, et marque.

 

Tout il espreuve, et le juste il approuve:

Mais son cueur hayt, qui ayme extorsion,

Et l'homme en qui violence se trouve.

 

Pleuvoir fera feu de punition

Sur les malings, soulphre chaud, flamme ardente,

Vent fouldroyant: voylà la portion

De leur brevage, et leur paye evidente.

 

Car il est juste, et pource ayme justice:

Tournant tousjours par doulce affection

Vers l'homme droict son oeil doulx, et propice.

 

XII

Pseaulme Douziesme à ung verset pour couplet à chanter

Salvum me fac Domine.

 

Argument: il parle contre les flatteurs de la cour de Saül, qui par flatteries, dissimulations et arrogance, estoient molestes à chascun, et prie Dieu y donner ordre. Pseaulme pour tout peuple vexé de gouverneurs de princes.

 

Donne secours, Seigneur, il en est heure,

Car d'hommes droictz sommes touts desnués:

Entre les filz des hommes, ne demeure

Ung qui ayt foy, tant sont diminués.

 

Certes chascun, vanité, menteries,

A son prochain dit ordinairement:

Aux levres n'a l'homme, que flatteries,

Et disant l'ung, son cueur parle aultrement.

 

Dieu vueille doncq ces levres blandissantes

Tout à travers, pour jamais, inciser:

Pareillement ces langues arrogantes,

Qui bravement ne font que deviser.

 

Qui mesmement entre eulx ce propos tiennent:

Nous serons grands par noz langues su touts,

A nous, de droict, noz levres appartiennent,

Flattons, mentons: qui est maistre sur nous?

 

Pour l'affligé, pour les petits, qui crient,

Dit le Seigneur, ores me leveray:

Loing les mectray des langues, qui varient,

Et de leurs laqs chascun d'eulx saulveray.

 

Certes de Dieu la parolle se treuve

Parolle nette, et trespure est sa voix:

Ce n'est qu'argent affiné à l'espreuve,

Argent au feu espuré par sept foys.

 

Toy doncq, Seigneur, ta promesse, et tes hommes,

Garde, et maintiens par ta gratuité:

Et de ces gens dont tant molestés sommes,

Delivre nous à perpetuité.

 

Car les malings à grands trouppes cheminent

Deçà, delà, tout est plein d'inhumains,

Lors que d'iceulx les plus meschants dominent,

Et qu'eslevés sont entre les humains.

 

XIII

Pseaulme Treiziesme à ung verset pour couplet à chanter

Usquequo Domine oblivisceris.

 

Argument: Après plusieurs batailles perdues, il se plainct, de ce que Dieu tarde tant à le secourir: puis le prie luy donner la joye de victoire obtenue. Pseaulme pour chefz de guerre infortunez.

 

Jusques à quand as estably,

Seigneur, de me mectre en oubly?

Est ce à jamais? pour combien d'eage

Destourneras tu ton visage

De moy, las, d'angoisse remply?

 

Jusques à quand sera mon cueur

Veillant, conseillant, praticqueur,

Et plein de soucy ordinaire?

Jusques à quand mon adversaire

Sera il dessus moy vainqueur?

 

Regarde moy, mon Dieu puissant,

Responds à mon cueur gemissant,

Et mes yeulx troublés illumine:

Que mortel dormir ne domine

Dessus moy quasi perissant.

 

Que celluy, qui guerre me faict

Ne dye point, je l'ay deffaict:

Et que touts ceulx, qui tant me troublent,

Le plaisir qu'ilz ont ne redoublent,

Par me veoir tresbucher de faict.

 

En toy gist tout l'espoir de moy.

Par ton secours fais que l'esmoy

De mon cueur en plaisir se change.

Lors à Dieu chanteray louange:

Car de chanter j'auray de quoy.

 

XIV

Pseaulme quatorziesme à ung verset pour couplet à chanter

Dixit insipiens in corde suo.

 

Argument: Il dit que tout est plain d'infideles et ethniques, descript leur entendement corrompu: souhaicte et predict leur ruine et la delivrance du peuple de Dieu, par eulx devoré. Pseaulme contre les ennemis de Dieu et de ceulx qui l'ayment.

 

Le fol maling en son cueur dict, et croyt,

Que Dieu n'est point: et corrompt, et renverse

Ses meurs, sa vie, horribles faicts exerce:

Pas ung tout seul ne faict rien bon ne droict,

Ny ne vouldroit.

 

Dieu du hault ciel a regardé icy

Sur les humains, avecques diligence,

S'il en verroit quelcun d'intelligence,

Qui d'invocquer la divine mercy

Fust en soucy.

 

Mais tout bien veu a trouvé que chascun

A forvoyé, tenant chemins dammables

Ensemble touts sont faicts abominables:

Et n'est celluy, qui face bien aulcun,

Non jusqu'à ung.

 

N'ont ilz nul sens, touts ces pernicieux,

Qui font tout mal, et jamais ne se changent?

Qui comme pain mon paovre peuple mangent,

Et d'invocquer ne sont point soucieux

Le Dieu des cieulx?

 

Certainement [tant] esbahys seront,

Que sur le champ ilz trembleront de craincte:

Car l'Eternel, par sa faveur tressaincte,

Tiendra pour ceulx qui droicts se trouveront,

Et l'aymeront.

 

Ha malheureux, vous vous estudiez

A vous mocquer de l'intention bonne,

Que l'immortel au paovre affligé donne,

Pource qu'ilz sont sur luy touts appuyés,

Et en riez.

 

O qui, et quand de Syon sortira

Pour Israel secours en sa souffrance?

Quand Dieu mectra son peuple à delivrance,

De joye adoncq Israel jouyra,

Jacob rira.

 

XV

Pseaulme Quinziesme à ung verset pour couplet à chanter

Domine, quis habitabit.

 

Argument: Ce Pseulme chante de quelles meurs doivent estre ornez les vrays citoyens des cieulx. Pseaulme propre pour inciter à bien vivre.

 

Qui est ce qui conversera,

O Seigneur, en ton Tabernacle?

Et qui est celluy qui sera

Si heureux, que par grâce aura

Sur ton sainct Mont seur habitacle?

 

Ce sera celluy droictement

Qui va rondement en besongne:

Qui ne faict rien que justement,

Et dont la bouche appertement

Verité en son cueur tesmoigne:

 

Qui par sa langue point ne faict

Rapport, qui loz d'aultruy efface:

Qui à son prochain ne meffaict:

Qui aussi ne souffre de faict,

Qu'opprobre à son voysin on face:

 

Ce sera l'homme contemnant

Les vicieux: aussi qui prise

Ceulx, qui craignent le Dieu regnant:

Ce sera l'homme bien tenant

(Fust ce à son dam) la foy promise:

 

Qui à usure n'entendra:

Et qui si bien justice exerce,

Qui le droict d'aultruy ne vendra:

Que le charier ainsi vouldra,

Craindre ne fault, que jamais verse.

 

XVI

Pseaulme Dixneufviesme à ung verset pour couplet à chanter

Coeli enarrant gloriam Dei.

 

Argument: Il monstre, par le merveilleux ouvraige des cieulx, combien Dieu est puissant: loue et exalte la loy divine: et en fin prie le seigneur qu'il le preserve de peché, affin de luy estre agreable. Pseaulme pour faire contempler la puissance et bonté de Dieu.

 

Les cieulx, en chascun lieu;

La puissance de Dieu

Racomptent aux humains:

Ce grand entour espars

Nonce de toutes pars

L'ouvrage de ses mains.

 

Jour apres jour coulant

Du Seigneur va parlant

Par longue experience:

La nuict, suyvant la nuict,

Nous presche, et nous instruict

De sa grand'sapience.

 

Et n'y a nation,

Langue, prolation,

Tant soit d'estranges lieux,

Qui n'oyt bien le son,

La maniere, et façon

Du langage des cieulx.

 

Leur tour par tout s'estend,

Et leur propos s'entend

Jusques au bout du monde:

Dieux en eulx a posé

Palays bien composé

Au Soleil clair, et munde.

 

Dont il sort ainsi beau

Comme ung espoux nouveau

De son paré pourpris:

Semble ung grand prince à veoir,

S'esgayant pout avoir

D'une course le pris.

 

D'ung bout des cieulx il part,

Et attaint l'aultre part

En ung jour, tant est viste:

Oultre plus, n'y a rien

En ce val terrien

Qui sa chaleur evite.

 

La tresentiere Loy

De Dieu souverain Roy,

Vient l'âme restaurant:

Son tesmoignage seur,

Sapience en doulceur

Monstre à l'humble ignorant.

 

D'icelluy Roy des Roys

Les mandements sont droicts,

Et joye au cueur assignent:

Les Commandements sainctz

De Dieu sont purs, et sains,

Et les yeulx illuminent.

 

L'obeissance à luy

Est ung tressainct appuy

A perpetuité:

Dieu ne faict jugement,

Qui veritablement

Ne soit plein d'equité.

 

Ces choses sont encor

Plus desirables qu'or,

Fust ce fin or de touche:

Et en ung cueur sans fiel,

Sont plus doulces que miel,

Ne pain de miel en bouche.

 

Qui servir te vouldra,

Par ces poinctz apprendra

A ne se forvoyer:

Et en les observant,

En aura le servant

Grand, et riche loyer.

 

Mais où se trouvera

Qui ses faultes sçaura

Nombrer, penser, ne dire?

Las de tant de pechés,

Qui me sont touts cachés,

Purge moy, trescher Sire:

 

Aussi des grands forfaictz

Temerairement faictz,

Soit ton serf relasché,

Qu'ilz ne regnent en moy:

Si seray hors d'esmoy,

Et net de grand peché.

 

Ma bouche prononcer,

Ne mon cueur rien penser

Ne puisse, qui ne plaise

A toy, mon deffendeur,

Saulveur, et amendeur

De ma vie maulvaise.

 

XVII

Pseaulme Vingtdeuxiesme

Deus meus respice in me, quare dereliq.

 

Argument: Prophetie de Jesuchrist, en laquelle David chante d'entrée sa basse et honteuse dejection: puis l'exaltation et l'estendue de son royaulme jusques aux fins de la terre, et la perpetuelle durée d'icelluy. Pseaulme propre pour chanter à la passion du redempteur.

 

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoy m'as tu laissé,

Loing de secours, d'ennuy tant oppressé,

Et long du cry, que je t'ay addressé

En ma complaincte?

 

De jour, mon Dieu, je t'invocque sans faincte,

Et toutesfoys ne respond ta voix saincte:

De nuict aussi, et n'ay, de quoy estaincte

Soit ma clameur.

 

Helas, tu es le Sainct, et la tremeur,

Et d'Israel le resident bonheur,

Là où t'a pleu que ton los, et honneur

On chante, et prise.

 

Noz Peres ont leur fiance en toy mise,

Leur confiance ilz ont sur toy assise:

Et tu les as de captifz, en franchise

Tousjours boutés.

 

A toy criants, d'ennuy furent ostés,

Esperé ont en tes sainctes bontés,

Et ont receu, sans estre reboutés,

Ta grâce prompte.

 

Mais moy, je suis ung verm, qui rien ne monte,

Et non plus homme, ains des hommes la honte:

Et plus ne sers que de fable, et de compte

Au peuple bas.

 

Chascun qui voit comme ainsi tu m'abas,

De moy se mocque, et y prend ses esbas:

Me font la mouë: et puis hault, et puis bas,

Hochent la teste.

 

Puis vont disant: Il s'appuye, et s'arreste

Du tout sur Dieu, et luy faict sa requeste:

Donc qu'il le saulve, et que secours luy preste,

S'il l'ayme tant.

 

Si m'as tu mys hors du ventre pourtant:

Causes d'espoir tu me fus apportant:

Des que j'estoys les mammelles tetant

De ma nourrice.

 

Et qui plus est, sortant de la matrice,

Me recueillit ta saincte Main tutrice,

Et te monstras estre mon Dieu propice

Des que fus né.

 

Ne te tien donc de moy si destourné:

Car le peril m'a de pres adjourné:

Et n'est aulcun par qui me soit donné

Secours ne grâce.

 

Maint gros Taureau m'environne, et menace:

Les gros Taureaux de Basan terre grasse,

Pour m'assieger m'ont suivy à la trace

En me pressant:

 

Et tout ainsi qu'ung Lyon ravissant,

Apres la proye en fureur rugissant,

Ilz ont ouvert dessus moy languissant

Leur gueule gloute.

 

Las, ma vertu comme eau' s'escoule toute,

N'ay os qui n'ayt la joincture dissoulte:

Et comme cire en moy fond goutte à goutte

Mon cueur fasché.

 

D'humeur je suis comme tuylle asseiché:

Mon palais est à ma langue attaché:

Tu m'as faict prest d'estre au tumbeau couché,

Reduict en cendre.

 

Car circuy m'ont les chiens pour me prendre:

La faulse trouppe est venue m'offendre,

Venue elle est me transpercer, et fendre

Mes piedz, et mains.

 

Compter je puis mes os du plus au moins:

Ce que voyants les cruelz inhumains,

Touts resjouys me jectent regards maints,

Avec risée.

 

Jà ma despouille entre eulx ont divisée:

Entre eulx desjà ma robbe deposée

Ilz ont au sort hazardeux exposée,

A qui l'aura.

 

Seigneur, ta main donc ne s'eslongnera:

Ains par pitié secours me donnera:

Et s'il te plaist, elle se hastera,

Mon Dieu, ma force:

 

Saulve de glaive, et de mortelle estorce,

Mon âme, helas, que de perdre on s'efforce:

Delivre la, que du Chien ne soit morse,

Chien enragé.

 

Du Leonin gosier encouragé

Delivre moy: responds à l'affligé,

Qui est par grands Licornes assiegé

Des cornes d'elles.

 

Si compteray à mes freres fideles

Ton Nom treshault: tes vertus immortelles

Diray parmy les assemblées belles,

Parlant ainsi:

 

Vous craignants Dieu, confessez le sans si:

Filz de Jacob, exaltez sa Mercy:

Crains le tousjours toy d'Israel aussi,

La race entiere:

 

Car rebouté n'a l'humble en sa priere,

Ne destourné de luy sa Face arriere:

S'il a crié, sa bonté singuliere

L'axaulcé.

 

Ainsi ton los par moy sera haulsé

En grande trouppe: et mon voeu jà dressé

Rendray, devant le bon peuple amassé,

Qui te craint, Sire.

 

Là mangeront les paovres à suffire,

Beneira Dieu, qui Dieu craint, et desire,

O vous ceulx là, sans fin (je le puis dire)

Voz cueurs vivront.

 

Cela pensant, touts se convertiront

Les boutz du monde, et à Dieu serviront:

Brief, toutes gens leurs genoulx fleschiront

En ta presence.

 

Car ilz sçauront qu'à la divine essence

Seulle appartient Regne, et magnificence:

Dont sur les gens seras par excellence

Roy conquerant.

 

Gras, et repeuz te viendront adorant:

Voire le maigre à la fossé courant,

Et dont la vie est hors de restaurant,

Te donna gloire.

 

Puis leurs enfants à te servir, et croire

S'enclineront: et en tout territoyre

De filz en filz il sera faict memoyre

Du Toutpuissant.

 

Tousjours viendra quelcun d'entre eulx yssant,

Lequel au peuple à l'advenir naissant,

Ira par tout ta bonté annonçant

Sur moy notoyre.

 

XVIII

Pseaulme Vingtquatriesme à deux versetz pour couplet à chanter

Domini est terra, et plenitudo.

 

Argument: David feit ce Pseaulme pour dire quand on ameneroit l'arche où habitoit la divinité, dedans le temple que Salomon devoit faire. Et est ledict Pseaulme propre pour chanter à la consecration d'ung nouveau temple.

 

La terre au Seigneur appartient,

Tout ce qu'en sa rondeur contient,

Et ceulx qui habitent en elle.

   Sur mer fondement luy donna,

L'enrichit, et l'environna

De maint riviere tresbelle.

 

Mais sa Montaigne est ung sainct lieu:

Qui viendra doncq au Mont de Dieu?

Qui est ce, qui là tiendra place?

   L'homme de mains, et cueur lavé,

En vanités non eslevé,

Et qui n'a juré en fallace.

 

L'homme tel, Dieu le beneira:

Dieu son saulveur le munira

De misericorde, et clemence.

   Telle est la generation

Cherchant, cherchant d'affection

Du Dieu de Jacob la presence.

 

Haulsez voz testes grands portaulx,

Huys eternelz, tenez vous haultz,

Si entrera le Roy de gloire.

   Qui est ce Roy tant glorieux?

C'est le fort Dieu victorieux,

Le plus fort qu'en guerre on peult croire.

 

Haulsez voz testes grands portaulx,

Huys eternelz tenez vous haultz,

Si entrera le Roy de gloire.

   Qui est ce Roy tant glorieux?

Le Dieu d'armes victorieux,

C'est luy, qui est le Roy de gloire.

 

XIX

Pseaulme Trentedeuxiesme à ung verset pour couplet à chanter

Beati quorum remissae sunt iniquit.

 

Argument: David puny par maladie, pour son peché, chante que heureux sont ceulx qui par leur couple ne tumbent point en l'inconvenient où il est: confesse son peché: Dieu luy pardonne: enhorte les mauvais à bien vivre et lesbons à se resjouyr. Pseaulme pour quiconques pense le mal qu'il ha, venir de son peché.

 

O bien heureux celluy dont les commises

Transgressions, sont par grâce remises:

Duquel aussi les iniques pechés

Devant son Dieu sont couverts, et cachés.

 

O combien plein de bonheur je repute

L'homme, à qui Dieu son peché point n'impute:

Et en l'Esprit duquel n'habite point

D'hypocrisie, et de fraude ung seul poinct.

 

Durant mon mal, soit que vinse à me taire,

Las de crier: soit que me prinse à braire,

Et à gemir tout le jour sans cesser,

Mes os n'ont faict que fondre, et s'abaisser.

 

Car jour et nuict ta main dure ay sentie,

Par mon peché, sur moy appesantie:

Si que l'humeur de moy ainsit traicté,

Sembloit du tout seicheresse d'esté.

 

Mais mo peché je t'ay declairé, Sire,

Caché ne l'ay: et n'ay sceu si tost dire,

Il fault à Dieu confesser mon meffaict,

Que ta bonté vray pardon ne m'ait faict.

 

Pour ceste cause, à heure propre, et bonne,

Te requerra toute saincte personne:

Et quand de maulx ung deluge courroit,

D'icelle adonc approcher ne pourroit.

 

C'est toy qui es mon Fort, et ma retraicte:

C'est toy qui fais qu'ennuy mal ne me traicte:

C'est toy pa qui à touts coups m'est livré

De quoy chanter, par me veoir delivré.

 

Vien çà chascun, je te veulx faire entendre,

Et te monstrer la voye, où tu doibs tendre,

En ayant l'oeil droit dessus toy planté,

Pour t'addresser, comme experimenté.

 

Ne sois semblable au cheval, et la mule,

Qui n'ont en eulx intelligence nulle:

Pour les garder de mordre, tu refreins

Leurs dentz, et gueule, avecques mors, et freins.

 

L'homme endurcy sera dompté de mesmes,

Par maulx sans nombre, et par douleurs extresmes.

Mais qui en Dieu mectra tout son appuy,

Par grand' doulceur sera traité de luy.

 

Or ayez donc de plaisir jouyssance:

Et touts en Dieu prenez resjouyssance

Justes humains: menez joye orendroict

Chascun de vous, qui avez le cueur droict.

 

XX

Pseaulme Trenteseptiesme à deux versetz pour couplet à chanter

Noli aemulari in malignantibus.

 

Argument: Affin que les bons se s'esbahissent de veoir prosperer les mauvais, David chante que toutes choses viendront à souhaict à ceulx qui ayment et craignent Dieu. Et que ceulx qui n'en font compte (combien qu'ilz semblent florir pour quelque temps) seront en fin deracinez. Pseaulme pour consoler les pauvres bien vivantz.

 

Ne sois fasché si durant ceste vie

Souvent tu voys prosperer les meschants,

Et des malings aux biens ne porte envie:

Car en ruine à la fin tresbuschants,

Seront fauschés comme foin, en peu d'heure,

Et seicheront comme l'herbe des champs.

 

En Dieu te fie, à bien faire labeure:

La terre auras pour habitation,

Et jouyras de rente vraye, et seure.

En Dieu sera ta delectation:

Et des souhaitz, que ton cueur vouldra faire,

Te donnera pleine fruition.

 

Remects en Dieu et toy, et ton affaire,

En luy te fie: et il accomplira

Ce que tu veulx accomplir, et parfaire.

Ta preud'hommie en veue il produira,

Comme le jour, si que ta vie bonne,

Comme ung midy par tout resplendira.

 

Laisse Dieu faire, attends le, et ne te donne

Soucy aulcun, regret, ne desplaisir

Du prosperant, qui à fraude s'addonne.

Si dueil en as, vueilles t'en dessaisir:

Et de te joindre à eulx n'aye courage,

Pour faire mal, et suyvre leur desir:

 

Car il cherra sur les malins orage.

Mais ceulx qui Dieu attendront constamment,

Possederont la terre en heritage.

Le faulx fauldra si tost, et tellement,

Que quand sa place yras chercher, et querre,

N'y trouveras la trace seullement.

 

Mais les benings heriteront la terre,

Et y auront, sans moleste d'aultruy,

Tout le plaisir que l'homme sçauroit querre.

Il est certain que tout mal, et ennuy,

L'homme pervers au bien vivant machine,

Et par fureur grince les dents sur luy:

 

Mais ce pendant la majesté divine

Ryt du meschant: car de ses yeulx ouverts

Voyt bien venir le jour de sa ruine.

Tirer leur glaive on verra les pervers,

Et bander l'arc, pour l'humble, et paovre battre,

Et [touts] les bons ruer morts à l'envers:

 

Mais leur cousteau sera pour les combattre,

Et percera leur cueur, tant soit il cault,

Verront leur arc aussi rompre, et abbattre.

Certes le peu de l'homme juste, vault

Mille foys mieulx, que la riche abondance

D'ung mal vivant, tant soit eslevé hault.

 

Car du meschant le bras, et la puissance

Seront rompuz: mais le Dieu supernel

Sera des bons tousjours la soustenance.

Il voyt, et sçait par ung soing paternel,

Les jours de ceulx qui ont vie innocente:

Et d'iceulx est l'heritage eternel.

 

Point ne seront frustrés de leur attente

Au maulvais temps: et si seront saoulés

Aux plus longs jours de famine dolente.

Mais les malings periront desolés:

Et n'aymants Dieu, s'en yront en fumée,

Ou deviendront comme gresse escoulés.

 

Leur main sera d'emprunter affamée,

Sans pouvroi rendre: et les justes auront

Dequoy monstrer charité enflammée:

Car les beneits de Dieu possederont

Finablement terre pleine de gresse:

Et les mauldicts en paovreté cherront.

 

Dieu touts les pas du vertueux addresse,

Et au chemin qu'il veult suyvre, et tenir,

Donne faveur, et l'unist, et le dresse.

Si de tomber ne se peult contenir,

D'estre froissé ne luy fault avoir craincte:

Car Dieu viendra la main luy soustenir.

 

J'ay esté jeune, et vieillesse ay attaincte,

Et n'ay point veu le juste abandonner,

Ne ses enfants mendier par contraincte:

Ains chascun jour ne faire que donner,

Prester, nourrir: et si voyt on sa race

Accroistre en heur, et en biens foisonner.

 

Fuy doncq le mal, suy le bien à la trace:

Et de durer à perpetuité

Le Seigneur Dieu te donnera la grâce.

Car il ne perd (tant il ayme equité)

Nul de ses bons, ilz ont garde eternelle:

Mais il destruict les filz d'iniquité.

 

Les biens vivants en joye solennelle

Possederont la terre, qui produyt,

Et à jamais habiteront en elle.

Du bien vivant la bouche rien n'istruict

Que sapience: et sa langue n'expose

Rien, qui ne soit tres juste, et plein de fruict:

 

Car en son cueur la Loy de Dieu repose.

Parquoy son pied ne sera point glissant,

Quelcque chemin que tirer il propose.

Il est bien vray, que l'inique puissant

Le juste espie: et pour à mort le mectre

Par tout le quiert comme ung loup ravissant.

 

Mais en sa main Dieu ne vouldra permectre

Qu'il soit submys, ne le veoir condamner,

Quand à justice il se viendra submectre.

Dieu doncq attends, vueille en luy cheminer:

Hault te mectra sur la terre seconde,

Et les malings verras exterminer.

 

J'ay veu l'inique enflé, et craint au monde,

Qui s'estendant grand, et hault verdissoit,

Comme ung laurier, qui en rameaulx abonde

Puis repassant par où il fleurissoit,

N'y estoit plus, et le cherchay à force:

Mais ne le sceu trouver en lieu qui soit.

 

Garde de nuyre, à veoir le droict t'efforce:

Car l'homme tel en fin, pour son loyer

Aura repos, loing d'ennuy, et divorce.

Mais touts fauldront les prompts à forvoyer:

Et des nuysants tout le dernier salaire,

Sera que Dieu les viendra fouldroyer.

 

Que diray plus? Dieu est le salutaire

Des bien vivants: c'est celluy qui sera

Tousjours leur force au temps dur, et contraire.

Les secourant, il les delivrera:

Les delivrant, garde il en vouldra faire,

Pource qu'en luy chascun d'eulx espoir a.

 

XXI

Pseaulme Trentehuictiesme à ung verset pour couplet à chanter

Domine, ne in furore tuo arguas me.

 

Argument: David ayant la peste, ou quelque aultre hulcere en la cuisse, se plainct fort à Dieu de la vehemence de son mal, du deffault de ses amys, de la cruaulté de ses ennemys, et implore l'ayde de Dieu. Pseaulme propre pour tous pauvres hulcerez.

 

Las, en ta fureur aigue

Ne m'argue

De mon faict, Dieu tout puissant:

Ton ardeur ung peu retire,

N'en ton ire

Ne me punys languissant.

 

Car tes flesches descochées

Sont fischées

Bien fort en moy sans mentir:

Et as voulu (dont j'endure)

Ta main dure

Dessus moy appesantir.

 

Je n'ay sur moy chair ne veine

Qui soit saine,

Par l'ire en quoy je t'ay mys:

Mes os n'ont de repos ferme

Jour ne terme,

Par les maulx que j'ay commys.

 

Car les peines de mes faultes

Sont si haultes

Qu'elles surmontent mon chef:

Ce m'est ung faix importable

Qui m'accable,

Tant croist sur moy ce meschef.

 

Mes cicatrices puantes

Sont fluantes

De sang de corruption:

Las, par ma folle sottie

M'est sortie

Toute ceste infection.

 

Tant me faict mon mal la guerre,

Que vers terre

Suis courbé totallement:

Avec triste, et noyre mine

Je chemine

Tout en pleurs journellement.

 

Car mes cuisses, et mes aines

Sont jà pleines

Du mal dont suis tourmenté:

Tellement qu'en ma chair toute

N'y a goutte

D'apparence de santé.

 

Je, qui souloys estre habile,

Suis debile,

Cassé de corps, pieds, et mains:

Si que de la douleur forte

Qu'au cueur porte,

Je jecte cris inhumains.

 

Or tout ce que je desire,

Trescher Sire,

Tu le voys clair, et ouvert:

Le souspir de ma pensée

Transpercée

Ne t'est caché ne couvert.

 

Le cueur me bat à oultrance:

Ma puissance

M'a delaissé tout perclus:

Et de mes yeulx la lumiere

Coustumiere,

Voyre mes yeulx, je n'ay plus.

 

Les plus grands amys que j'aye,

De ma playe

Sont vis à vis, sans grand soing:

Et (hors mys toutes reproches)

Mes plus proches

La regardent de bien loing.

 

Ceulx, qui à ma mort s'attendent,

Leurs laqs tendent:

D'aultres voulants me grever,

Mille maulx de moy recensent,

Et ne pensent

Que fraudes pour m'achever.

 

Et je, comme n'oyant goutte,

Les escoute.

Leur cueur ont beau descouvrir:

Je suis là, comme une souche,

Sans ma bouche

Non plus qu'ung muet ouvrir.

 

Je suis devenu, en somme,

Comme ung homme

Du tout sourd, et qui n'oyt point,

Et qui n'a, quand on le picque

De replicque

Dedans sa bouche ung seul poinct.

 

Mais avecques esperance,

L'asseurance

De ton bon secours j'attends,

Et ainsi mon Dieu, mon pere,

Que j'espere,

Tu me repondras à temps.

 

Je le dy, et si t'en prie

Qu'on ne rie

De mon malheureux esmoy:

Car des qu'ung peu mon pied glisse,

Leur malice

S'esjouyt du mal de moy.

 

Vien doncq, car je suis en voye

Qu'on me voye

Clocher trop honteusement:

Pource que la grand' destresse

Qui m'oppresse

Me poursuyt incessamment.

 

Las apart moy, avec honte,

Je racompte

Mon trop inique forfaict,

Je resve, je me tourmente,

Je lamente

Pour le peché que j'ay faict.

 

Et tandis mes adversaires,

Et contraires,

Sont vifs, et fortifiés:

Ceulx, qui m'ont sans cause aulcune

En rancune,

Sont creuz, et multipliés.

 

Touts encontre moy se bandent,

Et me rendent

Pour le bien, l'iniquité:

Et de leur hayne la source,

Ce fut pource

Que je suivoye equié.

 

Seigneur Dieu ne m'abandonne,

Moy personne

Deschassé d'ung chascun.

Loing de moy la grâce tienne

Ne se tienne,

D'ailleurs n'ay espoir aulcun.

 

Vien, et approche toy doncques,

Vien, si oncques

De tes enfants te chalut:

De me secourir te haste:

Je me gaste,

Seigneur Dieu de mon salut.

 

XXII

Pseaulme Cinquante et uniesme

Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam.

 

Argument: Apres la mort de Urie, David congnoissant son peché, demande pardon à Dieu, et qu'il luy envoie son esperit, pour le garder de plus pescher: s'offre à instruire les autres, et prie pour Hierusalem, qui est la vraye eglise. Pseaulme propre pour quiconques se sent griefvement avoir offensé Dieu.

 

Misericorde au paovre vicieux,

Dieu tout puissant, selon ta grand' clemence.

Use à ce coup de ta bonté immense,

Pour effacer mon faict pernicieux.

 

Lave moy, Sire, et relave bien fort,

De ma commise iniquité maulvaise:

Et du peché, qui m'a rendu si ord,

Me nettoyer d'eaue de grâce te plaise.

 

Car de regret mon cueur vyt en esmoy,

Congnoissant, las, ma grand' faulte presente:

Et qui pis est, mon peché se presente

Incessamment noyr, et laid devant moy.

 

En ta presence à toy seul j'ay forfaict:

Si qu'en donnant arrest pour me deffaire,

Jugé seras avoir justement faict,

Et vaincras ceulx qui diront du contraire.

 

Helas je sçay, et si l'ay tousjours sceu,

Qu'iniquité print avec moy naissance:

J'ay d'aultre part certaine congnoissance

Qu'avec peché ma mere m'a conceu.

 

Je sçay aussi que tu aymes de faict

Vraye equité dedans la conscience:

Ce que n'ay heu, moy à qui tu a faict

Veoir les secretz de ta grand' Sapience.

 

D'ysoppe doncq par toy purgé seray:

Lors me verray plus net que chose nulle.

Tu laveras ma trop noyre macule:

Lors en blancheur la neige passeray.

 

Tu me feras joye, et liesse ouyr,

Me revelant ma grâce enterinée:

Lors sentiray croistre, et se resjouyr

Mes os, ma force, et vertu declinée.

 

Tu as heu l'oeil assez sur mes forfaictz:

Destourne d'eulx ta courroucée Face:

Et te supply non seullement efface

Ce mien peché, mais touts ceulx que j'ay faictz.

 

O Createur, te plaise en moy créer

Ung cueur tout pur, une vie nouvelle

Et pour encor te pouvoir aggréer,

Le vray Esprit dedans moy renouvelle.

 

De ton regard je ne soys reculé:

Et te supply, pour finir mon martyre,

Ton sainct Esprit de mon cueur ne retire,

Quand tu l'auras en moy renouvellé.

 

Redonne moy la liesse, que prit

En ton salut mon cueur jadis infirme:

Et ne m'ostant ce libre, et franc Esprit,

En icelluy pour jamais me confirme.

 

Lors seullement ne suivray tes sentiers,

Mais les feray aux iniques apprendre:

Si que pecheurs à toy se viendront rendre,

Et se vouldront convertir vouluntiers.

 

O Dieu, ô Dieu de ma salvation,

Delivre moy de ce mien sanglant vice:

Et lors ma bouche en exultation

Chantera hault ta bonté, et justice.

 

Ha Seigneur Dieu, ouvre mes levres doncq,

Rien bon n'en sort, quand moymesme les ouvre:

Mais si ta main pour les ouvrir y ouvre,

J'annonceray tes louanges adoncq.

 

Si tu vouloys sacrifice mortel,

De Boucz, et Boeufz, et compte tu en feisses,

Je l'eusse offert: mais en Temple n'Autel,

Ne te sont point plaisants telz sacrifices.

 

Le sacrifice aggreable, et bien pris

De l'Eternel, c'est une âme dolente,

Ung cueur submys, une âme penitente,

Ceulx là, Seigneur, ne te sont à mespris.

 

Traicte Sion en ta benignité,

O Seigneur Dieu: et par tout fortifie

Jerusalem ta treshumble cité,

Ses murs aussi en brief temps edifie.

 

Adoncq auras de cueurs bien disposés

Oblations telles que tu demandes:

Adoncq les Boeufz, ainsi que tu commandes,

Sur ton Autel seront mys, et posés.

 

XXIII

Pseaulme Cent troiziesme

Benedic anima mea Domino, et omnia.

 

Argument: Il chante les grandes et diverses bontez de Dieu envers les hommes, puis invite, et eulx, et toutes choses créées à luy donner louenges, et gloire. Pseaulme qui enseigne à congnoistre Dieu et soy mesmes.

 

Sus louez Dieu mon âme en toute chose,

Et tout cela, qui dedans moy repose,

Louez son Nom tressainct, et accomply:

   Presente à Dieu louanges, et services,

O toy mon âme: et tant de benefices

Qu'en as receu ne les metz en oubly:

 

Ains le beneis, luy qui de pleine grâce

Toutes tes grands iniquités efface,

Et te guerit de toute infirmité.

   Luy, qui rachepte, et retire ta vie

D'entre les dentz de mort pleine d'envie,

T'environnant de sa benignité:

 

Luy, qui de biens, à souhait, et largesse,

Emplit ta bouche en faisant ta jeunesse

Renouveller, comme à l'Aigle royal.

   C'est le Seigneur, qui tousjours se recorde

Rendre le droict, par sa misericorde,

Aux oppressés, tant est Juge loyal.

 

A Moyses, de peur qu'on ne forvoye,

Manifester voulut sa droicte voye,

Et aux Enfantz d'Israel ses haultz faictz.

   C'est le Seigneur enclin à pitié doulce,

Prompt à mercy, et qui tard se courrouce:

C'est en bonté le parfaict des parfaictz.

 

Il est bien vray, quand par nostre inconstance

Nous l'offensons, qu'il nous menace, et tance:

Mais point ne tient son cueur incessamment,

   Selon noz maulx point ne nous faict: mais certes

Il est si doulx, que selon noz dessertes

Ne nous veult pas rendre le chastiment.

 

Car à chacun, qui craint luy faire faulte,

La bonté sienne il demonstre aussi haulte

Comme sont haultz sur la terre les cieulx:

   Aussi loing qu'est la part Orientalle

De l'Occident, à la distance esgalle

Loing de nous met touts nos faictz vicieux.

 

Comme aux Enfants est piteux ung bon pere,

Ainsi (pour vray)à qui luy obtempere,

Le Seigneur est de doulce affection:

   Car il congnoist dequoy sont faictz les hommes,

Il sçayt tresbien, helas, que nous ne sommes

Rien, sinon pouldre, et putrefaction.

 

A herbe, et foin semblent les jours de l'homme:

Par quelcque temps il fleurit, ainsi comme

La fleur des champs, qui nutriment reçoit.

   Puis en sentant d'ung froid vent la venue,

Tourne à neant, tant que plus n'est congneue

Du lieu auquel n'agueres fleurissoit.

 

Mais la mercy de Dieu est eternelle

A qui le craint: et trouveront en elle

Les filz des filz justice, et grand' bonté:

   J'entends ceulx là qui son contract observent,

Et qui sa Loy en memoyre reservent,

Pour accomplir sa saincte voulunté.

 

Dieu a basty (sans qui bransle, n'empire)

Son Throsne aux cieulx: et dessoubs son Empire

Touts aultres sont et submys, et ployés.

   Or louez Dieu Anges de vertu grande,

Anges de luy, qui tout ce qu'il commande

Faictes si tost que parler vous l'oyez.

 

Beneissez Dieu tout son bel exercite,

Ministres siens, qui de son vueil licite

Executer ne fustes oncq oyseux.

   Touts ses haultz faictz en chascun sien Royaulme

Beneissez Dieu: et pour clorre mon Pseaulme,

Louez le aussi mon âme avecques eulx.

 

XXIV

Pseaulme Cent quatriesme

Benedic anima mea Domino, Domine Deus.

 

Argument: C'est ung cantique beau par excellence, auquel David celebre et glorifie Dieu de la creation, et gratieux gouvernement de toutes choses. Pseaulme pour congnoistre amplement la puissance de Dieu.

 

Sus, sus, mon âme, il te fault dire bien

De l'Eternel. O mon vray Dieu, combien

Ta grandeur est excellente, et notoyre!

Tu es vestu de splendeur, et de gloire:

 

Tu es vestu de splendeur proprement,

Ne plus ne moins que d'ung accoustrement:

Pour pavillon, qui d'ung tel Roy soit digne,

Tu tendz le ciel, ainsi qu'une courtine.

 

Lambrissé d'eaux est ton palais vousté,

En lieu de char sur la nue es porté:

Et les fortz ventz, qui parmy l'air souspirent,

Ton chariot, avec leurs aesles, tirent.

 

Des ventz aussi diligents, et legers

Fays tes heraults, postes, et messagers:

Et fouldre, et feu, fort promptz à ton service,

Sont les sergents de ta haulte justice.

 

Tu a assis la terre rondement

Par contrepoys, sur son vray fondement:

Si qu'à jamais sera ferme en son estre,

Sans se mouvoir n'a dextre n'a senestre.

 

Au paravant, de profonde, et grand'eau

Couverte estoit, ainsi que d'ung manteau:

Et les grands eaux faisoyent toutes à l'heure

Dessus les montz leur arrest, et demeure:

 

Mais aussi tost que les vouluz tencer,

Bien tost les feis de partir s'advancer:

Et à ta voix, qu'on oyt tonner en terre,

Toutes de peur s'enfuyrent grand' erre.

 

Montaignes lors vindrent à se dresser:

Pareillement les vaulx à s'abaisser,

En se rendant droict à la propre place

Que tu leur as estably de ta grâce.

 

Ainsi la mer bornas, par tel compas

Que son limite elle ne pourra pas

Oultrepasser: et feis ce beau chef d'oeuvre,

Affin que plus la terre elle ne coeuvre.

 

Tu feis descendre aux vallées les eaux:

Sortir y feis fontaines, et ruysseaux;

Qui vont coulant, et passent, et murmurent

Entre les montz, qui les plaines emmurent.

 

Et c'est affin que les bestes des champs

Puissent leur soif estre là estanchants,

Beuvants à gré toutes de ces breuvaiges,

Toutes, je dy, jusqu'aux Asnes saulvaiges.

 

Dessus, et pres de ces ruysseaux courants,

Les oyselletz du ciel sont demourants,

Qui du milieu des fueilles, et des branches,

Font resonner leurs voix nettes, et franches.

 

De tes haultz lieux, par art aultre qu'humain,

Les montz pierreux arrouses de ta main:

Si que la terre est toute saoule, et pleine

Du fruict venant de ton labeur sans peine.

 

Car ce faisant, tu fays par montz, et vaulx

Germer le foin, pour Jumentz, et Chevaulx.

L'herbe, à servir l'humaine creature,

Luy produisant de la terre pasture:

 

Le vin, pour estre au cueur joye, et confort,

Le pain aussi, pour l'homme rendre fort:

Semblablement l'huile, affin qu'il en face

Plus reluysante, et joyeuse sa face.

 

Tes arbres vertz prennent accroissement,

O Seigneur Dieu, les Cedres mesmement

Du mont Liban, que ta bonté supresme,

Sans artifice, a plantés elle mesme.

 

Là font leurs nidz (car il te plaist ainsi)

Les passereaux, et les passes aussi:

De l'aultre part, sur haultz sapins besongne,

Et y bastit sa maison la Cygoigne.

 

Par ta bonté les montz droictz, et haultains,

Sont le refuge aux Chevres, et aux Dains:

Et aux Connilz, et Lievres, qui vont viste,

Les rochers creux sont ordonnés pour giste.

 

Que diray plus? la claire Lune feis,

Pour nous marquer les moys, et jours prefix:

Et le Soleil, des qu'il leve, et esclaire,

De son coucher a congnoissance claire.

 

Apres en l'air les tenebres espars:

Et lors se faict la nuict de toutes pars,

Durant laquelle, aux champs sort toute beste

Hors des forestz, pour se jecter en queste.

 

Les Lyonceaulx mesmes lors sont yssants

Hors de leurs creux, bruyants, et rugissants

Apres la proye, affin d'avoir pasture

De toy, Seigneur, qui sçays leur nourriture:

 

Puis aussi tost que le Soleil faict jour,

A grands trouppeaulx revont en leur sejour:

Là où touts coys se veaultrent, et reposent,

Et en partir tout le long du jour n'osent.

 

Adoncques sort l'homme sans nul danger,

S'en va tout droict à son oeuvre renger,

Et au labeur, soit de champ, soit de prée,

Soit de jardin, jusques à la vesprée.

 

O Seigneur Dieu, que tes oeuvres divers

Sont merveilleux, par le monde univers!

O que tu as tout faict par grand' sagesse!

Brief, la terre est plein de ta largesse.

 

Quant à la grande, et spacieuse mer,

On ne sçauroit ne nombrer, ne nommer

Les animaulx, qui vont nageant illecques,

Moyens, petits, et de bien grands avecques.

 

En ceste mer, navires vont errant:

Puis la Balaine, horrible monstre, et grand,

Y as formé, qui bien à l'aise y noue,

Et à son gré par les undes se joue.

 

Touts animaulx à toy vont à recours,

Les yeulx au ciel: affin que le secours

De ta bonté à repaistre leur donne,

Quand le besoing, et le temps s'y addonne.

 

Incontinent que tu leur fays ce bien

De le donner, ilz le prennent tresbien:

Ta large main n'est pas plustost ouverte

Que de touts biens planté leur est offerte.

 

Des que ta Face, et tes yeulx sont tournés

Arriere d'eulx, ilz sont touts estonnés.

Si leur Esprit tu retires, ilz meurent,

Et en leur pouldre ilz revont, et demeurent.

 

Si ton esprit derechef tu transmetz,

En telle vie adoncques les remetz,

Que paravant: et de bestes nouvelles,

En ung moment, la terre renouvelles.

 

Or soit tousjours regnant, et fleurissant

La Majesté du Seigneur toutpuissant:

Plaise au Seigneur prendre resjouyssance

Aux oeuvres faictz par sa haulte puissance.

 

Le Seigneur dy, qui faict horriblement

Terre trembler, d'ung regard seullement:

Voire qui faict (tant peu les sache attaindre)

Les plus haultz montz d'ahan suer, et craindre.

 

Quant est à moy, tant que vivant seray,

Au Seigneur Dieu chanter ne cesseray:

A mon vray Dieu plein de magnificence

Psalmes feray, tant que j'auray essence.

 

Si le supply; qu'en propos, et en son,

Luy soit plaisante, et doulce ma chanson:

S'ainsi advient, retirez vous tristesse,

Car en Dieu seul m'esjouiray sans cesse.

 

De terre soyent infideles exclus,

Et les pervers, si bien qu'il n'en soit plus.

Sus, sus, mon cueur, Dieu où tout bien abonde

Te fault louer, louez le tout monde.

 

XXV

Pseaulme Cent Treiziesme

Laudate pueri, Dominum.

 

Argument: Il invite à louer Dieu, de ce qu'il regarde, gouverne et mue toutes choses selon sa prudence, tousjours eslevant les humbles, et restablissant les miserables. Pseaulme pour consoler les povres et les femmes steriles.

 

Enfants, qui le Seigneur servez,

Louez le, et son Nom eslevez,

Louez son Nom, et sa haultesse:

   Soit presché, soit faict solennel

Le Nom du Seigneur eternel,

Par tout, en ce temps, et sans cesse.

 

D'Orient jusqu'en Occident

Doibt estre le loz evident

Du Seigneur, et sa renommée:

   Sur toutes gens le Dieu des Dieux

Est exalté, et sur les cieulx

S'esleve sa gloyre estimée.

 

Qui est pareil à nostre Dieu,

Lequel faict sa demeure au lieu

Le plus hault, que l'on sçauroit querre?

   Et puis en bas veult devaller,

Pour toutes choses speculer,

Qui se font au ciel, et en terre?

 

Le paovre sur terre gisant

Il esleve en l'authorisant,

Et le tire hors de la boue,

   Pour le colloquer aux honneurs

Des seigneurs, j'entends des seigneurs

Du peuple, que sien il advoue.

 

C'est luy qui remplit à foison

De tres beaulx enfants la maison

De la femme, qui est sterile:

   Et luy faict joye recevoir,

Quand d'impuissante à concepvoir,

Se voyt d'enfants mere fertile.

 

XXVI

Pseaulme Cent quatorziesme

In exitu Israel de Aegypto.

 

Argument: De la delivrance d'Israel hors d'Egypte, et succinctement, des principaulx miracles, que Dieu feit pour cela.

 

Quand Israel hors d'Egypte sortit,

Et la maison de Jacob se partit

D'entre le peuple estrange:

   Juda fut faict la grand' gloyre de Dieu,

Et Dieu se feit Prince du peuple Hebrieu,

Prince de grand' louange.

 

La mer le veit, qui s'enfuyt soubdain,

Et contremont l'eaue du fleuve Jourdain

Retourner fut contrainte.

   Comme moutons montaignes ont sailly,

Et si en ont les coustaux tressailly,

Comme aigneletz en crainte.

 

Qu'avoys tu mer, à t'enfuyr soubdain?

Pourquoy amont l'eaue du fleuve Jourdain

Retourner fus contrainte?

   Pourquoy avez monts en moutons sailly?

Pourquoy coustaux en avez tressailly,

Comme aigneletz en crainte?

 

Devant la face au Seigneur, qui tout peult,

Devant le Dieu de Jacob, quand il veult,

Terre trembla craintifve.

   Je dy le Dieu, le Dieu convertissant

La pierre en lac, et le rocher puissant

En fontaine d'eaue vifve.

 

XXVII

Pseaulme Cent quinziesme

Non nobis, Domine, non nobis, sed.

 

Argument: Il prie Dieu, vouloir (pour sa gloire) si bien traicter son peuple, qu'il congnoisse qu'il est le seul Dieu. Et que les Idoles des Gentilz ne sont rien qu'ouvrages d'hommes. Pseaulme contre les Idolâtres.

 

Non point à nous, non point à nous, Seigneur,

Mais à ton Nom donne gloyre, et honneur,

Pour ta grand' bonté seure.

   Pourquoy diroyent les gens, en se mocquant,

Où est ce Dieu, qu'ilz vont tant invocquant,

Où est il à ceste heure?

 

Certainement nostre Dieu tout parfaict

Reside aux cieulx: et de là hault il faict

Tout ce qu'il veult en somme.

   Mais ce qu'adore une si mal gent,

Idoles sont, faictes d'or, et d'argent,

Ouvrage de main d'homme.

 

Bouche elles ont, sans parler ne mouvoir:

Elles ont yeulx, et ne sçauroyent rien veoir,

C'est une chose morte:

   Oreilles ont, et ne sçauroyent ouyr:

Elles ont nez, et ne sçauroyent jouyr

D'odeur doulce, ne forte:

 

Elles ont mains, ne pouvants rien toucher:

Elles ont pieds, et ne sçavent marcher:

Gosier, et point ne crient.

   Telz, et pareilz sont touts ceulx, qui les font,

Et ceulx lesquelz à leurs recours s'en vont,

Et touts ceulx qui s'y fient.

 

Toy Israel, arreste ton espoir

Sur le Seigneur, c'est ta force, et pouvoir,

Bouclier, et saulvegarde.

   Maison d'Aaron, arreste ton espoir

Sur le Seigneur, c'est ta force, et pouvoir,

Lequel te saulve, et garde.

 

Qui craignez Dieu, arrestez vostre espoir

Sur tel Seigneur, car c'est vostre pouvoir,

Soubs qui l'ennemy tremble.

   Le Seigneur Dieu de nous souvenir a:

Plus que jamais Israel beneira,

Les filz d'Aaron ensemble.

 

A touts, qui sont de l'offenser craintifs,

Grands biens a faicts, depuis les plus petits.

Jusqu'à ceulx de grand' eage.

   Les biens, et dons, que pour vous faicts il a,

Il fera croistre à vous, et à ceulx là

De vostre parentage.

 

Car favoris estes, et bien aymés

Du grand Seigneur, qui les cieulx a formés,

Et terre confinée.

   Le Seigneur s'est reservé seullement

Les cieulx pour soy: la terre entierement

Aux hommes a donnée.

 

O Seigneur Dieu, l'homme par mort transi

Ne dit ton loz, ne quiconques aussi

En la fosse devalle:

   Mais nous vivants, par tout, où nous irons,

De bouche, et cueur le Seigneur beneirons,

Sans fin, sans intervalle.

 

XXVIII

Pseaulme Cent trentiesme

De profundis clamavi ad te Domine

 

Argument: Affectueuse priere de celluy, qui par son peché a beaucoup d'adversitez, et toutesfois, par esperance ferme se promect obtenir de Dieu remission de ses pechez, et delivrance de ses maulx. Pseaulme propre pour tous ceulx qui font penitence.

 

Du fond de ma pensée,

Au fond de touts ennuys,

A toy s'est addressée

Ma clameur jours, et nuycts.

   Entends ma voix plaintive,

Seigneur, il est saison,

Ton oreille ententive

Soit à mon oraison.

 

Si ta rigueur expresse

En noz pechés tu tiens,

Seigneur, Seigneur, qui est ce,

Qui demourra des tiens?

   Or n'es tu point severe,

Mais propice à mercy:

C'est pourquoy on revere

Toy, et ta Loy aussi.

 

En Dieu je me console,

Mon âme si attend,

En sa ferme parolle

Tout mon espoir s'estend:

   Mon âme à Dieu regarde

Matin, et sans sejour,

Plus matin, que la garde

Assise au poinct du jour.

 

Qu'Israel en Dieu fonde

Hardyment son appuy:

Car en Dieu grâce abonde,

Et secours est en luy:

   C'est celluy qui sans doubte

Israel jectera

Hors d'iniquité toute,

Et le racheptera.

 

XXIX

Pseaulme Cent trenteseptiesme

Super flumina Babylonis.

 

Argument: C'est le cantique des prestres, Levites, et chantres sacrez de Hierusalem, captifz en Babylone. Pseaulme propre pour les Chrestiens prisonniers en Turquie.

 

Estants assis aux rives aquaticques

De Babylon, pleurions melancholicques,

Nous souvenant du pays de Sion:

   Et au milieu de l'habitation,

Où de regret tant de pleurs espandismes,

Aux saules vertz noz harpes nous pendismes.

 

Lors ceulx, qui là captifz nous emmenarent,

De les sonner fort nous importunarent,

Et de Syon les chansons reciter:

   Las dismes nous, qui pourroit inciter

Noz tristes cueurs à chanter la louange

De nostre Dieu, en une terre estrange?

 

Or toutesfoys, puisse oublier ma dextre

L'art de harper, avant qu'on te voye estre

Hierusalem, hors de mon souvenir:

   Ma langue puisse à mon palays tenir

Si je t'oublie, et si jamais ay joye,

Tant que premier ta delivrance j'oye.

 

Mais doncq Seigneur, en ta memoyre imprime

Les filz d'Edom, qui sur Hierosolyme

Crioyent au jour que l'on la destruysoit:

   Souvienne toy que chascun d'eulx disoit,

A sac, à sac, qu'elle soit embrasée,

Et jusqu'au pied des fondements rasée.

 

Aussi sera Babylon mise en cendre:

Et tresheureux, qui te sçaura bien rendre

Le mal dont trop de pres nous vient toucher:

   Heureux celluy, qui viendra arracher

Les tiens enfants d'entre tes mains impures,

Pour les froisser contre les pierres dures.

 

XXX

Pseaulme Cent quarante et troisiesme

Domine exaudi orationem meam, auribus percipe.

 

Argument: C'est la priere qu'il feit, quand par craincte de Saül il se cacha en une fosse, où il s'attendoit d'estre pris, dont il estoit en grande angoisse. Pseaulme propre à ceulx qui sont prisonniers pour la foy.

 

Seigneur Dieu, oy l'oraison mienne:

Jusqu'à tes oreilles parvienne

Mon humble supplication:

Selon la vraye mercy tienne

Responds moy en affliction.

 

Avec ton serviteur n'estrive;

Et en plein jugement n'arrive,

Pour ses offenses luy prouver:

Car devant toy homme qui vive,

Juste ne se pourra trouver.

 

Las, mon ennemy m'a faict guerre,

A prosterné ma vie en terre:

Encor ne luy est pas assez,

En obscure fosse m'enserre,

Comme ceulx, qui sont trespassés.

 

Dont mon âme ainsi empressée,

De douleur se trouve oppressée,

Cuydant que m'as abandonné:

J'en sens dedans moy ma pensée

Troublée, et mon cueur estonné.

 

En ceste fosse obscure, et noyre,

Des jours passés j'ay heu memoyre:

Là j'ay tes oeuvres medités,

Et pour confort consolatoyre,

Les faicts de tes mains recités.

 

Là dedans à toy je souspire,

A toy je tends mes mains, ô Sire,

Et mon âme en sa grand'clameur

A soif de toy, et te desire,

Comme seiche terre l'humeur.

 

Haste toy, soys moy secourable,

L'esprit me fault, de moy damnable

Ne cache ton visage beau:

Aultrement je m'en voys semblable

A ceulx qu'on devalle au tumbeau.

 

Fais moy doncq ouyr de bonne heure

Ta grâce, car en toy m'asseure:

Et du chemin, que tenir doy,

Donne m'en congnoissance seure,

Car j'ay levé mon cueur à toy.

 

O Seigneur Dieu, mon esperance,

Donne moy pleine delivrance

De mes poursuyvants ennemys,

Puis que chés toy, pour asseurance,

Je me suis à refuge mys.

 

Enseigne moy comme il fault faire

Pour bien ta voulunté parfaire,

Car tu es mon vray Dieu entier:

Fais que ton esprit debonnaire

Me guide, et meine au droict sentier.

 

O Seigneur, en qui je me fie,

Restaure moy, et vivifie,

Pour ton Nom craint, et redoubté:

Retire de langueur ma vie,

Pour monstrer ta juste bonté.

 

Touts les ennemys qui m'assaillent,

Fais par ta mercy qu'ilz deffaillent:

Et rends confonduz, et destruicts

Touts ceulx qui ma vie travaillent,

Car ton humble serviteur suis.

 

          Fin

* La mort n'y mord *

 

 

 

Vingt Pseaulmes

nouvellement mis en Françoys, & envoyés au Roy, par Clement Marot

 

 

I

Pseaulme Dixhuictiesme

Diligam te Domine.

 

Argument: Hymne tresexcellent lequel David chanta au seigneur Dieu apres qu'il l'eut rendu paisible et victorieux sur Saul et sur tous ses autres ennemys, prophetisant de Jesuchrist en la conclusion du pseaulme.

 

Je t'aymeray en toute obeyssance,

Tant que vivray, ô mon Dieu, ma puissance.

Dieu, c'est mon roc, mon rempar hault, et seur,

C'est ma rençon, c'est mon fort deffenseur,

En luy seul gist ma fiance parfaicte,

C'est mon pavoys, mes armes, ma retraicte:

Quand je l'exalte, et prie en ferme foy,

Soubdain recoux des ennemys me voy.

   Dangers de mort ung jour m'environnarent,

Et grands torrents de malings m'estonnarent.

J'estoys bien pres du sepulchre venu,

Et des filés de la Mort prevenu:

Ainsi pressé, soubdain j'invocque, et prie

Le Toutpuissant, hault à mon Dieu je crie:

Mon cry au ciel jusqu'à luy penetra,

Si que ma voix en son oreille entra.

   Incontinent tremblarent les Campaignes:

Les fondements des plus haultes Montaignes

Touts esbranlés, s'esmeurent grandement:

Car il estoit courroucé ardamment.

En ses naseaulx luy monta la fumée,

Feu aspre yssoit de sa bouche allumée,

Si enflambé en son couraige estoit,

Qu'ardants charbons de toutes pars jectoit.

Baissa le Ciel, de descendre print cure,

Ayant soubz piedz une brouée obscure:

Monté estoit sur ung Esprit mouvent,

Volloit guindé sur les aeles du vent,

Et se cachoit dedans les noires Nues,

Pour Tabernacle autour de luy tendues.

   En fin rendit, par sa grande clarté,

Ce gros amas de Nues escarté,

Gresles jectant, et charbons vifz en terre,

Au ciel menoit l'Eternel grand tonnerre,

L'Altitonant sa voix grosse hors mist,

Et gresle, et feu sur la terre transmist:

Lança ses Dards, rompit toutes leurs bandes,

Doubla l'esclair, leur donna frayeurs grandes.

A ta menace, et du fort vent poulsé

Par toy, Seigneur, en ce poinct courroucé,

Furent canaulx desnués de leur unde,

Et descouvertz les fondements du Monde.

   Sa main d'enhault icy bas me tendit,

Et hors des eaux sain, et sauf me rendit:

Me recourut des puissants, et haulsaires

(Et plus que moy renforcés) adversaires.

A mes dangers, il preveut, et prevint:

Quand il fut temps secours de Dieu me vint,

Me mist au large, et si feit entreprise

De me garder, car il me favorise.

   Or m'a rendu selon mon equité,

Et de mes mains selon la purité,

Car du Seigneur j'avoys suivy la voye,

Ne revolté mon cueur de luy n'avoye:

Ains tousjours heu devant l'oeil touts ses ditz,

Sans rejecter ung seul de ses editz.

Si qu'envers luy entier en tout affaire

Me suis monstré, me gardant de mal faire.

Or m'a rendu selon mon equité,

Et de mes mains selon la purité.

   Certes, Seigneur, qui sçais telles mes oeuvres,

Au bon tresbon, pur au pur, te descoeuvres:

Tu es entier, à qui entier sera,

Et defaillant, à qui failly aura.

   Les humbles vivre en ta garde tu laisses,

Et les sourcilz des braves tu rabaisses,

Aussi mon Dieu, ma Lanterne allumas,

Et esclairé en tenebres tu m'as,

Par toy donnay à travers la bataille,

Mon Dieu devant, je saultay la muraille.

C'est l'Eternel, qui entier est trouvé,

Son parler est, comme au feu, esprouvé,

C'est ung bouclier de forte resistance

Pour touts ceulx là, qui ont en luy fiance.

   Mais qui est Dieu, sinon le supernel?

Ou qui est fort, si ce n'est l'Eternel?

De hardiesse, et force il m'environne,

Et seure voye à mes emprises donne:

Mes piedz à ceulx des Chevreulz faict esgaulx,

Pour monter lieux difficiles, et haultz:

Ma main par luy aux armes est apprise,

Si que du bras ung Arc d'acier je brise.

   De ton secours l'escu m'a apporté,

Et m'a ta dextre au besoing supporté,

Ta grand' bonté, où mon espoir mectoye,

M'a faict plus grand encor' que je n'estoye:

Preparer vins mon chemin soubz mes pas,

Dont mes talons glissants ne furent pas:

Car ennemys sceu poursuyvre, et attaindre,

Et ne revins sans du tout les estaindre:

Durer n'on peu, tant bien les ay secoux,

Ains à mes piedz tresbucharent de coups:

Circuy m'as de belliqueuse force,

Ployant soubz moy, qui m'envahir s'efforce,

Tu me monstras le doz des ennemys,

Et mes hayneux j'ay en ruine mys:

Ilz ont crié, n'ont heu secours quelconques,

Mesmes à Dieu, et ne les ouyt oncques,

Comme la pouldre au vent les ay rendus,

Et comme fange en la place estendus.

   Delivré m'as du mutin populaire,

Et t'a pleu chef des nations me faire,

Voyre le peuple, à moy peuple incongnu,

Soubz mon renom obeir m'est venu:

Maintz estrangers par servile contraincte

M'ont faict honneur d'obeyssance faincte,

Maintz estrangers redoubtants mes effortz,

Espouventés, ont tremblé en leurs fortz.

   Vive mon Dieu, à mon saulveur soit gloyre,

Exalté soit le Dieu de ma victoyre,

Qui m'a donné pouvoir de me venger,

Et qui soubz moy les peuples faict renger:

Me garentit qu'ennemys ne me grevent,

M'esleve hault sur touts ceulx qui s'eslevent

Encontre moy, me delivrant à plain

De l'homme ayant le cueur d'oultrage plein.

   Pourtant, mon Dieu, parmy les gens estranges

Te beneiray, en chantant tes louanges:

Ce Dieu, je dy, qui magnificquement

Saulva son Roy, et qui unicquement

David, son oingt, traicte en grande clemence:

Traictant, de mesme, à jamais sa semence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ps. 18 from the Oeuvres printed by Dolet, 1543.

 

II

Pseaulme vingttroisiesme

Dominus regit me, et nihil

 

Argument: Il chante les biens et la felicité qu'il a et d'une merveilleuse fiance se promet que dieu duquel ce bien luy vient le traictera tousjours de mesmes.

 

Mon Dieu me paist soubs sa puissance haulte,

   C'est mon berger, de rien je n'auray faulte.

En tect bien seur, joignant les beaulx herbages,

   Coucher me faict, me meine aux clairs rivages,

Traicte ma vie en doulceur treshumaine,

   Et pour son Nom, par droicts sentiers me meine

Si seurement, que quand au val viendroye

   D'umbre de mort, rien de mal ne craindroye,

Car avec moy tu es à chascune heure:

   Puis ta houlette, et conduicte m'asseure.

Tu enrichys de vivres necessaires

   Ma table, aux yeulx de touts mes adversaires.

Tu oings mon chef d'huyles, et senteurs bonnes,

   Et jusqu'aux bords pleine tasse me donnes,

Voyre, et feras que ceste faveur tienne,

   Tant que vivray compaignie me tienne,

Si que tousjours de faire ay esperance

   En la maison du Seigneur demourance.

 

III

Pseaulme vingtcinquiesme

Ad te Domine levavi animam

 

Argument: Icy l'homme pressé de ses pechez et de la malice de ses ennemys prie le Seigneur Dieu pour soy et generalement pour tout le peuple.

 

A Toy, mon Dieu, mon cueur monte,

En Toy mon espoir ay mys,

Fais que je ne tombe à honte,

Au gré de mes ennemys.

 

Honte n'auront voyrement

Ceulx qui dessus toy s'appuyent,

Mais bien ceulx qui durement

Et sans cause les ennuyent.

 

Le chemin que tu nous dresses

Fays moy congnoistre, Seigneur,

De tes sentes, et addresses

Vueilles moy estre enseigneur.

 

Achemine moy au cours

De ta verité patente,

Comme Dieu de mon secours,

Où j'ay chascun jour attente.

 

De tes bontés te recorde,

Metz en memoyre, et estends

Ceste grand' misericorde,

Dont usé a de tout temps.

 

Oublye la mauvaistié

De l'orde jeunesse mienne,

De moy, selon ta pitié,

Par ta bonté te souvienne.

 

Dieu est bon, et veritable,

L'a esté, et le sera,

Parquoy en voye equitable

Les pecheurs raddressera.

 

Les humbles fera venir

A vie juste, et decente,

Aux humbles fera tenir

L'Eternel sa droicte sente.

 

Bonté, seurté, souvenance,

Ce sont de Dieu les sentiers,

A ceulx, qui sa convenance

Gardent bien, et vouluntiers.

 

Helas Seigneur tout parfaict,

Pour l'amour de ton Nom mesme,

Pardonne moy mon forfaict,

Car c'est ung forfaict extresme.

 

Quel homme c'est, à vray dire,

Qui en Dieu son desir a,

Du chemin qu'il doibt eslire

L'Eternel l'advertira.

 

A repos parmy ses biens

Vivra son cueur en grand' eage,

Puis auront les Enfants siens

La terre pour heritage.

 

Dieu faict son secret paroistre

A ceulx qui l'ont en honneur,

Et leur monstre, et faict congnoistre

De son contract la teneur.

 

Quant à moy, yeulx, et espritz

En tout temps à Dieu je tourne,

Car mes piedz, quand ilz sont pris,

Du filé tire, et destourne.

 

Jecte doncq sur moy ta veuë,

Prens de moy compassion,

Personne suis despourveuë,

Seulle, et en affliction.

 

Jà mon cueur sent empirer,

Et augmenter ses destresses,

Las, vueille moy retirer

De ces miennes grands oppresses.

 

Tourne à mon tourment ta face,

Voy ma peine, et mon soucy,

Et touts mes pechés efface,

Qui sont cause de cecy.

 

Voy mes ennemys, qui sont

Non seullement grosse bande,

Mais qui sur moy certes ont

Hayne furieuse, et grande.

 

Preserve de leur embusche

Ma vie, et delivre moy,

Qu'à honte je ne tresbuche,

Puis que j'ay espoir en toy.

 

Que ma simple integrité

(Comme à l'ung des tiens) me serve,

Et de toute adversité

Israel tire, et conserve.

 

IV

Pseaulme Trentetroisiesme

Exultate justi in Domino, rectos

 

Argument: C'est ung bel hymne auquel le prophete invite d'entrée à celebrer le tout puissant: puis chante que tout est plein de sa bonté, recite ses merveilles, admonneste les princes de ne se fier en leurs forces et que dieu assiste à ceulx qui les reverent: puis invoque sa bonté.

 

Resveillez vous chascun fidele,

Menez en Dieu joye orendroit,

Louange est tresseante, et belle

En la bouche de l'homme droit:

 

Sur la doulce harpe

Pendue en escharpe

Le Seigneur louez,

De Luz, d'Espinettes,

Sainctes chansonnettes

A son Nom jouez.

 

Chantez de luy par melodie,

Nouveau vers, nouvelle chanson,

Et que bien on la psalmodie,

A haulte voix, et plaisant son.

 

Car ce que Dieu mande,

Qu'il dit et commande,

Est juste, et parfaict:

Tout ce qu'il propose,

Qu'il faict, et dispose,

A fiance est faict.

 

Il ayme d'amour souveraine,

Que droit regne, et justice ayt lieu:

Quand tout est dit, la terre est pleine

De la grande bonté de Dieu.

 

Dieu par sa Parolle

Forma chascun pole,

Et Ciel precieux,

Du vent de sa bouche

Feit ce qui attouche

Et orne les cieulx.

 

Il a les grands eaux amassées

En la mer, comme en ung vaisseau,

Aux abysmes les a mussées,

Comme ung thresor en ung monceau.

 

Que la terre toute

Ce grand Dieu redoubte,

Qui feit tout de rien:

Qu'il n'y ait personne,

Qui ne s'en estonne,

Au val terrien.

 

Car toute chose qu'il a dite

A esté faicte promptement,

L'obeyssance aussi subite

A esté, que le mandement.

 

Le conseil, l'emprise

Des gens il desbrise,

Et mect à l'envers:

Vaines, et cassées

Il rend les pensées

Des peuples divers.

 

Mais la divine providence

Son conseil sçait perpetuer,

Ce que son cueur une foys pense,

Dure à jamais, sans se muer.

 

O gent bienheurée,

Qui, toute asseurée,

Pour son Dieu le tient:

Heureux le lignage,

Que Dieu en partage

Choysit, et retient.

 

Le Seigneur Eternel regarde

Icy bas du plus hault des cieulx:

Dessus les humains il prend garde,

Et les voit touts devant ses yeulx.

 

De son Throsne stable,

Paisible, equitable,

Ses clairs yeulx aussi

Jusqu'au fons visitent

Touts ceulx qui habitent

En ce monde icy.

 

Car luy seul, sans aultruy puissance,

Forma leurs cueurs, telz qu'ilz les ont:

C'est luy seul qui a congnoissance

Quelles toutes leurs oeuvres sont.

 

Nombre de gensd'armes,

En assaultz n'alarmes,

Ne saulvent le Roy:

Bras ny halebarde,

L'homme fort ne garde,

De mortel desroy.

 

Celluy se trompe, qui cuyde estre

Saulvé par cheval bon, et fort:

Ce n'est point par sa force adextre,

Que l'homme eschappe ung dur effort.

 

Mais l'oeil de Dieu veille

Sur ceulx, à merveille,

Qui de voulunté

Craintifz le reverent:

Qui aussi esperent

En sa grand' bonté.

 

Affin que leur vie il delivre,

Quand la Mort les menacera:

Et qu'il leur donne de quoy vivre

Au temps, que famine sera.

 

Que doncques nostre âme

L'Eternel reclame,

S'attendant à luy.

Il est nostre addresse,

Nostre forteresse,

Pavoys, et appuy.

 

Et par luy grand' resjouyssance

Dedans noz cueurs tousjours aurons,

Pourveu qu'en la haulte puissance

De son Nom sainct nous esperons.

 

Or ta bonté grande

Dessus nous s'espande,

Nostre Dieu, et Roy,

Tout ainsi qu'entente,

Espoir, et attente

Nous avons en toy.

 

V

Pseaulme Trentesixiesme

Dixit injustus, ut delinquat in semetipso

 

Argument: Il s'esmerveille de la grand bonté de Dieu, laquelle est si espandue par tout que mesmes les mauvais s'en sentent: puis chante que les esleuz la sentent singulierement sur tous comme par benediction et prie Dieu la continuer plus longuement à ceulx qui le congnoissent et le garder de la violence des mauvais desquelz il predit aussi la ruine.

 

Du maling les faictz vicieux

Me disent que devant ses yeulx

N'a point de Dieu la crainte:

   Car tant se plaist en son erreur,

Que l'avoir en hayne, et horreur,

C'est bien force, et contraincte.

 

Son parler est nuysant, et fin:

Doctrine va fuyant, affin

De jamais bien ne faire.

   Songe en son lict meschanceté:

Au chemin tors est arresté:

A nul mal n'est contraire.

 

O Seigneur, ta benignité

Touche aux cieulx, et ta verité

Dresse aux Nues la teste.

   Tes jugements semblent haultz monts,

Ung abysme tes actes bons,

Tu gardes homme, et beste.

 

O que tes grâces nobles sont

Aux hommes, qui confiance ont

En l'ombre de tes aesles!

   De tes biens saoules leurs desirs,

Et au fleuve de tes plaisirs,

Pour boyre les appelles.

 

Car source de vie en toy gist,

Et ta clarté nous eslargist

Ce qu'avons de lumiere.

   Continue, ô Dieu tout puissant,

A tout cueur droict te congnoissant,

Ta bonté coustumiere.

 

Que le pied de l'homme inhumain

De moy n'approche, et que sa main

Ne m'ebranle ne greve.

   C'est faict, les iniques cherront,

Et repoulsés tresbucheront;

Sans qu'ung d'eulx se releve.

 

VI

Pseaulme Quarantetroisiesme

Deus, Deus meus, ad te             [This is the incipit of Vulgate Psalm 62 (LXII). The error is probably Marot's, since it is copied always afterwards. The correct incipit of Psalm 43 (XLII) is “Iudica me Deus.”  BTW: notice the dyslectic potential of the Roman numerals].

 

Argument: Il prie estre delivré de ceulx qui avoient conjuré avec Absalon affin qu'il puisse à bon escient publier les louanges de Dieu en la saincte congregation.

 

Revenge moy, prends la querelle

De moy, Seigneur, par ta mercy,

Contre la gent faulse, et cruelle:

De l'homme, remply de cautelle,

Et en sa malice endurcy,

Delivre moy aussi.

 

Las, mon Dieu, tu es ma puissance,

Pourquoy t'enfuys, me reboutant?

Pourquoy permectz qu'en desplaisance

Je chemine, soubz la nuysance

De mon adversaire, qui tant

Me va persecutant?

 

A ce coup ta lumière luyse,

Et ta Foy veritable tien,

Chascune d'elles me conduyse

En ton sainct Mont, et m'introduyse

Jusqu'au Tabernacle tien,

Avecq humble maintien.

 

Là dedans prendray hardiesse

D'aller de Dieu jusqu'à l'autel,

Au Dieu de ma joye, et liesse,

Et sur la harpe chanteresse

Confesseray qu'il n'est Dieu tel

Que toy, Dieu immortel.

 

Mon cueur, pourquoy t'esbahys ores?

Pourquoy te debatz dedans moy?

Attends le Dieu que tu adores,

Car grâces luy rendray encores,

Dont il m'aura mys hors d'esmoy,

Comme mon Dieu, et Roy.

 

VII

Pseaulme Quarantecinquiesme

Eructavit cor meum verbum bonum

 

Argument: C'est le chant nuptial de Jesuchrist et de son eglise soubz la figure de Salomon et de sa principale femme, fille de Pharaon.

 

Propos exquis fault que de mon cueur sorte,

Car du Roy veulx dire Chanson, de sorte

Qu'à ceste foys ma langue mieulx dira

Qu'un Scribe prompt de plume n'escrira.

 

Le mieulx formé tu es d'humaine race,

En ton parler gist merveilleuse grâce:

Parquoy Dieu faict que toute nation

Sans fin te loue en benediction.

 

O le plus fort que rencontrer on puisse,

Accoustre, et ceintz sur ta robuste cuisse

Ton glaive aigu, qui est la resplendeur,

Et l'ornement de Royalle grandeur.

 

Entre en ton Char, triumphe à la bonne heure

En grand honneur, puis qu'avecq toy demeure

Verité, Foy, Justice, et cueur humain,

Veoir te feras de grands choses ta main.

 

Tes Dards luysants, et tes Sagettes belles

Poignantes sont: les cueurs à toy rebelles

Seront au vif d'icelles transpercés,

Et dessoubz toy les peuples renversés.

 

O divin Roy, ton Throsne venerable

C'est un hault Throsne, à jamais perdurable:

Le Sceptre aussi de ton Regne puissant,

C'est d'equité le Sceptre fleurissant.

 

Iniquité tu hays, aymant justice,

Pour ces raisons, Dieu, ton Seigneur propice,

Sur tes consors t'ayant le plus à gré,

D'huyle de joye odorant t'a sacré.

 

De tes habits les plys ne sentent qu'Ambre,

Et Musc, et Myrrhe, en allant de ta Chambre

Hors ton Palays d'yvoire, hault et fier,

Là où chascun te vient gratifier.

 

Avecq toy sont filles de Roys bien nées,

De tes presents moult precieux ornées,

Et la nouvelle Espouse à ton costé,

Qui d'or d'Ophir couronne sa beaulté.

 

Escoute fille en beaulté nonpareille,

Entends à moy, et me preste l'oreille:

Il te convient ton peuple familier,

Et la maison de ton pere oublier.

 

Car nostre Roy, nostre souverain Sire,

Moult ardamment ta grand' beaulté desire

D'oresnavant ton Seigneur il sera,

Et de toy humble obeyssance aura.

 

Peuples de Tyr, peuples pleins de richesses,

D'honneur, et dons te feront grands largesses,

Ce ne sera de la Fille du Roy,

Soubz manteau d'or, sinon tout noble arroy.

 

D'habits brodés richement atournée,

Elle sera devers le Roy menée,

Avecq le train des Vierges, la suyvants,

Et de ses plus prochaines, la servants.

 

Pleines de joye, et d'ennuy exemptées,

Au Roy seront ensemble presentées:

Elles, et toy, en triumphe, et bonheur,

L'yrez trouver en son Palays d'honneur.

 

Ne plainds doncq point de laisser pere, et mere:

Car en lieu d'eulx, mariage prospere

Te produyra beaulx, et nobles enfants,

Que tu feras par tout Roys triumphants.

 

Quant est de moy, à ton Nom, et ta gloyre

Feray escriptz d'eternelle memoyre,

Et par lesquelz les gens, à l'advenir,

Sans fin vouldront te chanter, et benir.

 

VIII

Pseaulme Quarantesixiesme

Deus noster refugium, et virtus

 

Argument: Les bons chantent icy quelle fiance et seureté ilz ont en tous perilz ayans Dieu pour leur garde.

 

Des qu'adversité nous offense,

Dieu nous est appuy, et deffense,

Au besoing l'avons esprouvé,

Et grand secours en luy trouvé:

 

Dont plus n'aurons crainte ne doubte,

Et deust trembler la terre toute,

Et les Montaignes abysmer

Au milieu de la haulte mer.

 

Voyre deussent les eaux profondes

Bruyre, escumer, enfler leurs undes,

Et par leur superbe pouvoir

Rochers, et Montaignes mouvoir.

 

Au temps de tourmente si fiere,

Les ruysseaux de nostre riviere

Resjouyront la grand' cité,

Lieu tressainct de la deité.

 

Il est certain qu'au milieu d'elle

Dieu faict sa demeure eternelle,

Rien esbranler ne la pourra,

Car Dieu prompt secours luy donra.

 

Trouppes de gens sur nous coururent,

Meuz contre noz Royaulmes furent,

Du bruyt des voix tout l'air fendoit,

Et soubz eulx la terre fondoit.

 

Mais pour nous, en ces durs alarmes,

A esté le grand Dieu des armes.

Le Dieu de Jacob, c'est ung Fort

Pour nous, encontre tout effort.

 

Venez, contemplez en vous mesmes

Du Seigneur les actes supresmes,

Et ces lieux terrestres voyez,

Comment il les a nettoyés.

 

Il a estaint cruelle guerre,

Par tout, jusqu'aux fins de la terre,

Brisé Lances, rompu les Arcs,

Et par feu les Chariotz ards.

 

Cessez, dit il, et congnoissance

Ayez de ma haulte puissance,

Dieu suis, j'ay exaltation

Sur toute terre, et nation.

 

Conclusion, le Dieu des armes

Des nostres est en touts alarmes:

Le Dieu de Jacob, c'est ung Fort

Pour nous encontre tout effort.

 

IX

Pseaulme Cinquantiesme

Deus deorum dominus locutus est

 

Argument: Il prophetise comment Dieu debvoit appeller à soy toutes nations par l'evangille et ne demander aux siens pour tous sacrifices sinon confession et predication de sa bonté, detestant ceulx qui se vantent d'observer sa religion sans que leur cueur soit touché de zele ne d'amour en luy.

 

Le Dieu, le fort, l'Eternel parlera,

Et hault, et clair la terre appellera,

De l'Orient jusques à l'Occident.

Devers Syon Dieu clair, et evident

Apparoistra, orné de beaulté toute:

Nostre grand Dieu viendra, n'en faictes doubte,

Ayant ung feu devorant devant luy,

D'ung vehement tourbillon circuy.

Lors huchera et terre, et ciel luysant,

Pour juger là tout son peuple, en disant:

   Assemblez moy mes sainctz, qui par fiance

Sacrifiants ont prins mon alliance,

(Et vous les cieulx, direz en tout endroit

Son jugement, car Dieu est Juge droit)

Entends mon peuple, et à toy parleray,

Ton Dieu je suis, rien ne te celeray:

Par moy reprins ne seras des offrandes

Qu'en sacrifice ay voulu que me rendes,

Je n'ay besoing prendre en nulle saison

Bouc de tes parcs, ne Boeuf de ta maison:

Touts animaulx des boys sont de mes biens,

Mille trouppeaulx en mille monts sont miens,

Miens je congnoys les Oyseaulx des montaignes,

Et Seigneur suis du bestail des campaignes:

Si j'avoys faim, je ne t'en diroys rien,

Car à moy est le monde, et tout son bien.

Suis je mangeur de chair de gros Taureaux?

Ou boy je le sang de Boucz, ou de Chevreaux?

A l'Eternel louange sacrifie,

Au Souverain rends tes voeux, et t'y fie:

Invocque moy, quand oppressé seras,

Lors t'aideray, puis honneur m'en feras.

   Aussi dira l'Eternel au meschant,

Pourquoy va tu mes editz tant preschant,

Et prens ma Loy en ta bouche maline,

Veu que tu as en hayne discipline,

Et que mes dictz jectes, et ne reçoys?

Si ung larron d'adventure apperçoys,

Avecq luy cours: car aultant que luy vaux,

T'accompaignant de paillards, et ribaux:

Ta bouche metz à mal, et mesdisances,

Ta langue brasse et fraudes, et nuisances,

Causant assis pour ton prochain blasmer,

Et pour ton frere, ou cousin diffamer:

Tu fays ces maulx, et ce pendant que riens

Je ne t'en dy, tu m'estimes, et tiens

Semblable à toy: mais, quoy que tard le face,

T'en reprendray quelcque jour à ta face.

   Or entendez cela, je vous supply,

Vous, qui mectez l'Eternel en oubly,

Que sans secours ne soyez tous deffaictz.

Sacrifiant louange, honneur me fays,

Dit le Seigneur, et qui tient ceste voye,

Doubter ne fault que mon salut ne voye.

 

X

Pseaulme Septantedeuxiesme

Deus judicium tuum regi da

 

Argument: Il prie que le regne de Dieu advienne par Jesuchrist prophetisant l'estendue, l'equité, felicité et longue durée d'icelluy regne, le tout soubz la figure de celluy de Salomon.

 

Tes jugements, Dieu veritable,

Baille au Roy pour regner,

Vueilles ta justice equitable

Au filz du Roy donner.

 

Il tiendra ton peuple en justice,

Chassant iniquité:

A tes paovres sera propice,

Leur gardant equité.

 

Les peuples verront aux montaignes

La paix croistre, et meurir,

Et par coustaux, et par campaignes,

La justice fleurir.

 

Ceulx du peuple, estants en destresse,

L'auront pour deffenseur:

Les paovres gardera d'oppresse,

Reboutant l'oppresseur.

 

Aussi ung chascun, et chascune,

O Roy, t'honnorera,

Sans fin, tant que Soleil, et Lune,

Au monde esclairera.

 

Il vient comme pluye agreable

Tombant sur prés fauchés,

Et comme rosée amiable

Sur les terroirs sechés:

 

Luy regnant, fleuriront par voye

Les bons, et gracieux

En longue paix, tant qu'on ne voye

De Lune plus aux cieulx.

 

De l'une mer large, et profonde

Jusques à l'aultre mer,

D'Euphrates, jusqu'au bout du monde,

Roy se fera nommer.

 

Ethiopes viendront grand erre

Se cliner devant luy,

Ses hayneux baiseront la terre,

A l'honneur d'icelluy.

 

Roys d'Isles, et de la mer creuse,

Viendront à luy presents,

Et Roys d'Arabie l'heureuse,

Pour luy faire presents.

 

Touts aultres Roys viendront, sans doubte,

A luy s'humilier,

Et le vouldra nation toute

Servir, et supplier.

 

Car delivrance il donra bonne

Au paovre à luy pleurant,

Et au chetif, qui n'a personne,

Qui luy soit secourant.

 

Aux calamiteux, et pleurables,

Sera doulx, et piteux,

Saulvant les vies miserables

Des paovres souffreteux.

 

Les gardera de violence,

Et dol pernicieux,

Ayant leur sang, par sa clemence,

Moult cher, et precieux.

 

Chascun vivra, l'Or Arabicque

A touts departira,

Dont, sans fin, Roy tant magnificque,

Par tout on beneira.

 

De peu de grains, force blé: somme,

Les espis chascun an

Sur les monts bruyront en l'air, comme

Les arbres de Liban.

 

Fleurira la tourbe civile

Des bourgeoys, et marchants,

Multipliants dedans la ville,

Comme herbe par les champs.

 

Sans fin bruyra le Nom, et gloyre

De ce Roy nompareil,

De son renom sera memoyre

Tant qu'y aura Soleil.

 

Toutes nations, asseurées

Soubz Roy tant valeureux,

S'en yront vantant bienheurées,

Et le diront heureux.

 

Dieu, le Dieu des Israelites,

Qui sans secours d'aulcun

Faict des merveilles non petites

Soit loué de chascun.

 

De sa gloyre tresaccomplie

Soit loué le renom,

Soit toute la terre remplie

Du hault loz de son Nom.

Amen.

 

XI

Pseaulme Septanteneufviesme

Deus venerunt gentes in haereditatem tuam

 

Argument: Il se complainct de la calamité advenue en Hierusalem par Antichus contre lequel il demande aussi l'ayde de Dieu.

 

Les gens entrés sont en ton heritage,

Ilz ont pollu, Seigneur, par leur oultrage,

Ton Temple sainct, Hierusalem destruicte,

Si qu'en monceaulx de pierres l'ont reduicte.

 

Ilz ont baillé les corps

De tes serviteurs morts

Aux Corbeaux, pour les paistre:

La chair des bien vivants

Aux animaulx suyvants

Boys, et plaine champestre.

 

Entour la ville, où fut ce dur esclandre,

Las, on a veu le sang d'iceulx espandre,

Ainsi comme eau' jectée à l'adventure,

Sans que vivant leur donnast sepulture.

 

Ceulx, qui noz voysins sont,

En opprobre nous ont,

Nous mocquent, nous despitent:

Ores sommes blasmés,

Et par ceulx diffamés

Qui entour nous habitent.

 

Helas, Seigneur, jusques à quand sera ce?

Nous tiendra tu pour jamais hors de grâce?

Ton ire ainsi embrasée, ardra elle,

Comme une grand' flambe perpetuelle?

 

Tes indignations

Espands sur nations

Qui n'ont ta congnoissance:

Ce mal viendroit appoint

Aux Royaulmes, qui point

N'invocquent ta puissance.

 

Car ceulx là ont toute presques estaincte

Du bon Jacob la posterité saincte,

Et en desert totallement tournée

La demourance à luy par toy donnée.

 

Las, ne nous ramentoy

Les vieulx maulx contre toy

Perpetrés à grands sommes:

Haste toy, vienne avant

Ta bonté, nous saulvant,

Car moult affligés sommes.

 

Assiste nous, nostre Dieu secourable,

Pour l'honneur hault de ton Nom venerable:

Delivre nous, soys piteux, et paisible

En noz pechés, pour ta gloyre indicible.

 

Qu'on ne die au milieu

Des gens, où est leur Dieu?

Ains punis leurs offenses,

Vueilles de toutes pars

Des tiens le sang espars

Venger, en noz presences.

 

Des prisonniers le gemissement vienne

Jusques au ciel, en la presence tienne:

Les condamnés, et ceulx qui jà se meurent,

Fays que vivants par ton pouvoir demeurent.

 

A noz voysins aussi

En leur sein endurcy,

Sept foys vueilles leur rendre

Le blasme, et deshonneur

Que contre toy, Seigneur,

Ont osé entreprendre.

 

Et nous alors ton vray peuple, et tes hommes,

Et qui trouppeau de ta pasture sommes,

Te chanterons par siecles innombrables,

De filz en filz preschant tes faictz louables.

 

XII

Pseaulme Octantesixiesme

Inclina Domine aurem tuam, et ex

 

Argument: David requiert à Dieu premierement qu'il le face vivre sans peché, secondement qu'il l'asseure de ses ennemys, luy donnant vie heureuse: puis racompte la puissance et bonté de Dieu jà manifestée et qu'il doibt encores manifester à luy et aux autres.

 

Mon Dieu, preste moy l'oreille,

Par ta bonté nompareille:

Responds moy, car plus n'en puis,

Tant paovre, et affligé suis.

 

Garde, je te pry, ma vie,

Car de bien faire ay envie:

Mon Dieu, garde ton servant,

En l'espoir de toy vivant.

 

Las, de faire te recorde

Faveur, et misericorde

A moy, qui tant humblement

T'invocque journellement.

 

Et donne liesse à l'âme

Du serf, qui seigneur te clame,

Car mon cueur, ô Dieu des Dieux,

J'esleve à toy jusqu'aux cieulx.

 

A toy mon cueur se transporte,

Car tu es de bonne sorte,

Et à ceulx pleins de secours,

Qui à toy vont à recours.

 

Doncques la priere mienne

A tes oreilles parvienne.

Entends, car il est saison,

La voix de mon oraison.

 

Des qu'angoisse me tourmente,

A toy je crie, et lamente,

Pource qu'à ma triste voix

Tu responds souventesfoys.

 

Il n'est Dieu à toy semblable,

Ny à toy accomparable,

Ne qui se sceust usiter

A tes oeuvres imiter.

 

Toute humaine creature,

Qui de toy a prins facture

Viendra te glorifier,

Et ton Nom magnifier.

 

Car tu es grand à merveilles,

Et fays choses nompareilles:

Aussi as tu l'honneur tel,

D'estre seul Dieu immortel.

 

Mon Dieu, monstre moy tes voyes,

Affin qu'aller droict me voyes,

Et sur tout, mon cueur non fainct

Puisse craindre ton Nom sainct.

 

Mon Seigneur Dieu, ta haultesse

Je veulx celebrer sans cesse,

Et ton sainct Nom je pretends

Glorifier en tout temps.

 

Car tu as à moy indigne

Monstré grand' bonté benigne,

Tirant ma vie du bort

Du bas Tumbeau de la mort.

 

Mon Dieu, les pervers m'assaillent,

A grands trouppes sur moy saillent,

Et cherchent à mort me veoir,

Sans à toy regard avoir.

 

Mais tu es Dieu pitoyable,

Prompt à mercy, et ployable,

Tardif à estre irrité,

Et de grand' fidelité.

 

En pitié doncq me regarde,

Baille ta force, et ta garde,

Au foyble serviteur tien,

Et ton esclave soustien.

 

Quelcque bon signe me donne,

Qui mes ennemys estonne,

Quand verront que toy, Saulveur,

Me presteras ta faveur.

 

XIII

Pseaulme Nonante et uniesme

Qui habitat in adjutorio altissimi

 

Argument: Le prophete chante en quelle seureté vit et de combien de maulx est exempté celluy qui d'une ferme fiance se soubmet du tout à Dieu.

 

Qui en la garde du hault Dieu

Pour jamais se retire,

En umbre bonne, et en fort lieu

Retiré se peult dire.

 

Concluz doncq en l'entendement,

Dieu est ma garde seure,

Ma haulte tour, et fondement,

Sur lequel je m'asseure:

 

Car du subtil laqs des chasseurs,

Et de toute l'oultrance

Des pestiferes oppresseurs,

Te donra delivrance.

 

De ses plumes te couvrira,

Seur seras soubz son aesle,

Sa deffense te servira

De targe, et de rondelle,

 

Si que de nuict ne craindras point

Chose qui espouvante,

Ne dard ne sagette qui poingt,

De jour en l'air vollante.

 

N'aulcune peste cheminant

Lors qu'en tenebres sommes,

Ne mal soubdain exterminant

En plein midy les hommes.

 

Quant à ta dextre il en cherroit

Mille, et mille à senestre,

Leur mal de toy n'approcheroit,

Quelcque mal que puisse estre:

 

Ains, sans effroy, devant tes yeulx

Tu les verras deffaire,

Regardant les pernicieux

Recevoir leur salaire.

 

Et tout, pour avoir dict à Dieu,

Tu es la garde mienne,

Et d'avoir mis en si hault lieu

La confiance tienne.

 

Malheur ne te viendra chercher,

Tien le pour chose vraye,

Et de ta maison approcher

Ne pourra nulle playe.

 

Car il fera commandement

A ses Anges tresdignes,

De te garder songneusement,

Quelcque part que chemines.

 

Par leurs mains seras soubzlevé,

Affin que d'adventure

Ton pied ne choppe, et soit grevé

Contre la pierre dure.

 

Sur Lyonceaux, et sur Aspics,

Sur Lyons pleins de rage,

Et sur Dragons, qui vallent pis,

Marcheras sans dommage.

 

Car voicy, que Dieu dict de toy

D'ardante amour m'honnore:

Garder, et secourir le doy,

Car mon Nom il adore.

 

S'il m'invocque, l'exaulceray:

Aussi pour le deffendre

En mal temps avecq luy seray:

A son bien veulx entendre,

 

Et faire de ses ans le cours

Tout à son desir croistre:

En effect, quel est mon secours

Je luy feray congnoistre.

 

XIV

Pseaulme Cent et uniesme

Misericordiam, et judicium cantabo

 

Argument: David n'estant encores roy paisible, promet à Dieu, des qu'il le sera, faire l'office d'ung bon prince, c'est assavoir vivre sans faire tort, estre rigoreux aux mauvais et eslever les gens de bien.

 

Vouloir m'est prins de mectre en escripture

Psalme, parlant de bonté, et droicture,

Et si le veulx à toy, mon Dieu, chanter,

Et presenter.

 

Tenir je veulx la voye non nuysible,

Quand viendras tu me rendre Roy paisible?

D'ung cueur tout pur conduiray ma maison,

Avecq raison.

 

Rien de maulvais y veoir n'auray envie,

Car je hay trop les meschants, et leur vie,

Ung seul d'entre eulx autour de moy adjoinct

Ne sera point.

 

Tout cueur ayant pensée desloyalle,

Deslogera hors de ma Court Royalle,

Et le nuysant n'y sera bien venu,

Non pas congnu.

 

Qui par mesdire apart son prochain greve,

Qui a cueur gros, et les sourcilz esleve,

L'ung mectray bas, l'aultre souffrir, pour vray,

Je ne pourray.

 

Mes yeulx seront fort diligents à querre

Les habitants fideles de la terre,

Pour estre à moy: qui droicte voye yra,

Me servira.

 

Qui s'estudie à user de fallace,

En ma maison point ne trouvera place:

De moy n'aura mensonger, ne baveur,

Bien, ne faveur.

 

Ains du pays chasseray de bonne heure

Touts les meschants, tant qu'ung seul n'y demeure,

Pour du seigneur nettoyer la cité

D'iniquité.

 

XV

Pseaulme Cent et septiesme

Confitemini Domino; quoniam bonus

 

Argument: Le Psalmiste dit que toutes afflictions viennent et s'en vont par volunté divine et allegue sur ce les perilz et calamitez des errans aux desertz, des prisonniers, des malades et des agitez sur la mer, la requeste qu'ilz font à Dieu, comment ilz l'obtiennent, comment ilz en rendent grâces et comment Dieu tient toutes choses en sa main et les change comme il luy plaist.

 

Donnez au Seigneur gloyre,

Il est doulx, et clement,

Et sa bonté notoyre

Dure eternellement.

 

Ceulx qu'il a racheptés,

Qu'ilz chantent sa haultesse,

Et ceulx qu'il a jectés

Hors de la main d'oppresse.

 

Les ramassant ensemble

D'Orient, d'Occident,

De l'Aquilon qui tremble,

Et du Midy ardent.

 

Si d'aventure errants

Par les deserts se treuvent,

Demourance querants,

Et que trouver n'en peuvent:

 

Et si l'aspre famine

Et la soif sans liqueur

Les travaille, et leur mine

Et le corps, et le cueur:

 

Pourveu qu'à tel besoing

Criants, à Dieu lamentent,

Subit il les mect loing

Des maulx, qui les tourmentent.

 

Et droict chemin passable

Leur monstre, et faict tenir,

Pour en ville habitable

Les faire parvenir.

 

Lors de Dieu vont chantant

Les bontés nompareilles,

Cà, et là racomptant

Aux hommes ses merveilles.

 

D'avoir l'âme assouvie,

Qui de soif languissoit,

Saoulant de biens la vie,

Qui de faim perissoit.

 

Ceulx qui sont resserrés

En tenebres mortelles,

Enchesnés, enferrés,

Et souffrants peines telles,

 

Pour avoir la Parolle

De Dieu, mise à despris,

Et tenant pour frivolle

Son conseil de hault pris,

 

Quand par tourments leurs cueurs

Humiliés demeurent,

Abbatuz de langueurs,

Sans que nulz les sequeurent.

 

Pourveu qu'à Dieu s'addressent,

L'appellants au besoing,

Touts les maulx qui les pressent,

Il les renvoye au loing.

 

Des prisons les mect hors,

Mortelles, et obscures,

Rompant leurs lyens forts,

Cordes, et chesnes dures.

 

Les bontés nompareilles

De Dieu lors vont chantant,

Cà, et là ses merveilles

Aux hommes racomptant.

 

D'avoir jusqu'aux courreaux

Brisé d'arain les portes,

Et de fer les barreaux

Rompu de ses mains fortes.

 

Les folz, qui les supplices

Sentent de leurs pechés,

Et qui sont par leurs vices

Malades, assechés,

 

Dont le cueur, tout repas

Et viande abhomine,

Et qui sont pres du pas

De la mort, qui les mine,

 

Pourveu qu'à Dieu s'addressent,

L'appellants au besoing,

Touts les maulx qui les pressent

Il les renvoye au loing.

 

D'un seul mot qu'[il] transmet

Leur donne santé telle,

Que du tout hors les met

De ruyne mortelle.

 

Les bontés nompareilles

De Dieu lors vont chantant,

Cà, et là ses merveilles

Aux hommes racomptant.

 

A Dieu d'ardant desir

Louange sacrifient,

Et avecq grand plaisir

Ses oeuvres magnifient.

 

Ceulx qui dedans gallées

Dessus la mer s'en vont,

Et en grands eaux sallées

Mainte trafficque font:

 

Ceux là voyent de Dieu

Les oeuvres merveilleuses,

Sur le profond milieu

Des vagues perilleuses.

 

Le vent, s'il luy commande,

Souffle tempestueux,

Et s'enfle en la mer grande

Le flot impetueux:

 

Lors montent au ciel hault,

Puis aux gouffres descendent,

Et d'effroy, peu s'en fault

Que les âmes ne rendent.

 

Chancellent en yvrongne,

Troublés du branlement,

Tout leur sens les eslongne,

Perdent l'entendement.

 

Mais si à tel besoing

Criants, à Dieu lamentent,

Subit il les mect loing

Des maulx qui les tourmentent.

 

Faict au vent de tempeste

Sa fureur rabaisser,

Faict que la mer s'arreste,

Et ses undes cesser.

 

L'orage retiré,

Chascun joye demeine,

Et au port desiré

Le Seigneur Dieu les meine.

 

Les bontés nompareilles

De Dieu lors vont chantant,

Cà, et là ses merveilles

Aux hommes racomptant.

 

Parmy le peuple bas

Le surhaulsent en gloyre,

Et ne le taisent pas

Des grands au consistoyre.

 

Luy, qui les eaux profondes

En desert convertit,

Et les sources des undes

Asseche, et divertit.

 

Luy, qui steriles faict

Terres grasses, et belles,

Et tout pour le forfaict

Des habitants d'icelles.

 

Qui desertz d'humeur vuydes

Convertit en grands eaux,

Et lieux secz, et arides,

En sources, et ruisseaux.

 

Et qui là faict venir

Ceulx qui de faim languissent,

Lesquelz, pour s'y tenir,

Des Villes y bastissent:

 

Y semer champs se peinent,

Et vignes y planter,

Qui touts les ans ameinent

Fruict, pour les sustenter.

 

Là, les fortune en biens,

Les croist, les continue,

Et leur bestail en riens

Il ne leur diminue.

 

Puis descroissent de nombre,

Viennent à rarité,

Par maulx, et par encombre,

Et par sterilité.

 

Riches, nobles, et grands,

Mesprisés il renvoye,

Par deserts lieux errants,

Où n'a chemin, ne voye.

 

Et esleve, et delivre

Le paovre hors d'ennuy,

Et force gens faict vivre,

Comme ung trouppeau, soubs luy.

 

Ce voyant, ont aux cueurs

Les justes joye enclose,

Et de Dieu les mocqueurs

S'en vont la bouche close.

 

Qui a sens, et prudence,

Garde à cecy prendra:

Lors la grande clemence

Du Seigneur entendra.

 

XVI

Pseaulme Cent dixiesme

Dixit Dominus Domino meo

 

Argument: Il chante le regne de Christ lequel commença en Sion et de là pervint jusques aux fins de la terre et continuera jusques à ce que Christ soit adoré universellement et que de ses ennemys il ayt fait son marchepied.

 

L'Omnipotent à mon Seigneur, et maistre

A dit ce mot: A ma dextre te sieds,

Tant que j'auray renversé, et faict estre

Tes ennemys le scabeau de tes pieds.

 

Le sceptre fort de ton puissant Empire

En fin sera loing de Syon transmys

Par l'Eternel, lequel te viendra dire:

Regne au milieu de touts tes ennemys.

 

De son bon gré ta gent bien disposée,

Au jour tressainct de ton sacre courra:

Et aussi dru qu'au matin chet rosée,

Naistre en tes filz ta jeunesse on verra.

 

Car l'Eternel, sans muer de courage,

A de toy seul dit, et juré avec:

Grand Prebstre, et Roy, tu seras en tout eagé,

Ensuyvant l'ordre au bon Melchisedec.

 

A ton bras droict Dieu ton Seigneur, et Pere,

T'assistera aux belliqueux arroys,

Là, où pour toy, au jour de sa colere,

Rompra la teste à Princes, et à Roys.

 

Sur les Gentilz exercera justice,

Remplira tout de corps morts envahis,

Et frappera, pour le dernier supplice,

Le chef regnant sur beaulcoup de pays.

 

Puis, en passant au milieu de la plaine,

Des grands ruisseaux de sang s'abbruvera.

Par ce moyen, ayant victoire pleine,

La teste hault, tout joyeulx, levera.

 

XVII

Pseaulme Cent dixhuictiesme

Confitemini Domino, quoniam

 

Argument: C'est ung hymne par lequel David delivré de tous maulx et eslevé Roy sur tout Israel, rendit publicquement grâces à Dieu au tabernacle de l'alliance, là où d'ung grand cueur il celebra la bonté dont il avoit usé envers luy et là se monstre clairement figure de Jesuchrist.

 

Rendez à Dieu louange, et gloire,

Car il est bening, et clement.

Qui plus est, sa bonté notoire

Dure perpetuellement.

 

Qu'Israel ores se recorde

De chanter solennellement,

Que sa grande misericorde

Dure perpetuellement.

 

La maison d'Aaron ancienne

Vienne tout hault presentement

Confesser que la bonté sienne

Dure perpetuellement.

 

Touts ceulx qui du seigneur ont crainte,

Viennent aussi chanter comment

Sa bonte pitoyable, et saincte,

Dure perpetuellement.

 

Ainsi que j'estoys en destresse,

En invocquant sa Majesté,

Il m'ouyt, et de ceste presse

Me mist au large, à saulveté.

 

Le tout puissant, qui m'ouyt plaindre,

Mon party tousjours tenir veult,

Qu'ay je doncq que faire de craindre

Tout ce que l'homme faire peult?

 

De mon costé il se retire

Avecq ceulx qui me sont amys:

Ainsi, cela que je desire

Je verray en mes ennemys.

 

Mieulx vault avoir en Dieu fiance

Qu'en l'homme, qui est moins que riens:

Mieulx vault avoir en Dieu fiance

Qu'aux Princes, et grands terriens.

 

Beaulcoup de gens, c'est chose seure,

M'assiegearent de touts costés:

Au nom de Dieu, ce dy je à l'heure,

Ilz seront par moy reboutés.

 

Ilz m'avoyent enclos par grand' ire,

Enclos m'avoyent touts mutinés:

Au nom de Dieu, ce vins je à dire,

Ilz seront par moy ruinés.

 

Ilz m'avoyent enclos comme abeilles,

Et furent, les folz, et haultains,

Au nom du grand Dieu des merveilles,

Comme feu d'espines estainds.

 

Tu as, importun adversaire,

Rudement contre moy couru,

Pour du tout tresbucher me faire,

Mais l'Eternel m'a secouru.

 

Le Toutpuissant, c'est ma puissance,

C'est l'argument, c'est le discours

De mes vers pleins d'esjouyssance,

C'est de luy que j'ay heu secours.

 

Aux maisons de mon peuple juste

On n'oyt rien que joye, et confort,

On chante, on dit, le bras robuste

Du Seigneur a faict grand effort.

 

De l'Eternel la main adextre

S'est eslevée à ceste foys,

Dieu a faict vertu par sa dextre,

Telle est du bon peuple la voix.

 

Arriere ennemys, et envie,

Car la mort point ne sentiray,

Ainçoys demoureray en vie,

Et les faicts du Seigneur diray.

 

Chastié m'a, je le confesse,

Chastié m'a, puny, battu,

Mais point n'a voulu sa haultesse

Que par mort je fusse abattu.

 

Ouvrez moy les grands portes belles

Du sainct Temple aux justes voué,

Affin que j'entre par icelles

Et que Dieu soit par moy loué.

 

Ces grands portes sumptueuses

Sont les portes du Seigeur Dieu:

Les justes gens, et vertueuses,

Peuvent passer tout au milieu.

 

Là diray ta gloyre supreme,

Là par moy seras celebré,

Car en adversité extreme

Exaulcé m'as, et delivré.

 

La pierre par ceulx rejectée

Qui du bastiment ont le soing,

A esté assise, et plantée

Au plus hault du principal coing.

 

Cela, c'est une oeuvre celeste,

Faicte, pour vray, du Dieu des dieux,

Et ung miracle manifeste,

Lequel se presente à noz yeulx.

 

La voicy l'heureuse journée

Que Dieu a faicte à plein desir,

Par nous soit joye demenée,

Et prenons en elle plaisir.

 

Or te prions, Dieu nostre Pere,

En ta garde à ce coup nous tien,

Et en fortune si prospere

D'orenavant nous entretien.

 

Beneit soit qui au Nom tresdigne

Du Seigneur est venu icy:

O vous, de la maison divine,

Nous vous beneissons touts aussi.

 

Dieu est puissant, doulx, et propice,

Et nous donra lumiere à gré:

Lyez le boeuf du sacrifice

Aux cornes de l'autel sacré.

 

Tu es le seul Dieu que j'honnore,

Aussi sans fin te chanteray:

Tu es le seul Dieu que j'adore,

Aussi sans fin t'exalteray.

 

Rendez à Dieu louange, et gloyre,

Car il est bening, et clement.

Qui plus est, sa bonté notoyre

Dure perpetuellement.

 

XVIII

Pseaulme Cent Vingthuictiesme

Beati omnes, qui timent Dominum

 

Argument: Il dit que ceulx qui vrayment craignent et ayment Dieu sont heureux soit en public soit en privé.

 

Bienheureux est quiconques

Sert à Dieu vouluntiers,

Et ne se lassa oncques

De suyvre ses sentiers.

 

Du labeur que sçays faire

Vivras commodement,

Et yra ton affaire

Bien, et heureusement.

 

Quant à l'heur de ta ligne,

Ta femme en ta maison

Sera comme une vigne,

Portant fruict à foison.

 

Et autour de la table

Seront tes enfants beaulx,

Comme ung reng delectable

D'oliviers touts nouveaulx.

 

Ce sont les benefices

Dont seras jouyssant

Celluy qui, fuyant vices,

Craindra le Toutpuissant.

 

De Syon Dieu sublime

Te fera tant de bien,

De veoir Hierosolyme

En tes jours aller bien.

 

Et verras de ta race

Double posterité,

Et sur Israel grâce,

Paix, et felicité.

 

XIX

Pseaulme Cent trentehuictiesme

Confitebor tibi Domine in toto corde

 

Argument: Il celebre la bonté de Dieu qui l'avoit retiré de tous perilz et heureusement eslevé en dignité royale: puis chante qu'il en rendra grâces à Dieu et que mesmes tous autres Roys luy en donneront louange: se promet aussi qu'à l'advenir le secours de Dieu ne luy fauldra point.

 

Il fault que de touts mes Espritz

Ton loz, et pris

J'exalte, et prise.

Devant les grands me presenter,

Pour te chanter,

J'ay faict emprise.

 

En ton Sainct Temple adoreray,

Celebreray

Ta renommée,

Pour l'amour de ta grand' bonté

Et feaulté

Tant estimée.

 

Car tu as faict ton Nom moult grand

En te monstrant

Vray en parolles:

Des que je crie, tu m'entends.

Quand il est temps

Mon cueur consoles.

 

Dont les Roys de chascun pays

Moult esbahys

T'ont loué, Sire,

Apres qu'ilz ont congneu que c'est

Ung vray arrest

Que de ton dire.

 

Et de Dieu, ainsi que je fays,

Chantent les faictz

A sa memoyre,

Confessants que du Toutpuissant

Resplendissant

Grande est la gloyre.

 

De veoir si bas tout ce qu'il fault

De son plus hault

Throne celeste,

Et de ce qu'estant si loingtain,

Grand, et haultain,

Se manifeste.

 

Si au milieu d'adversité

Suis agité,

Vif me preserves,

Sur mes ennemys inhumains

Jectes les mains,

Et me conserves.

 

Et parferas mon cas tout seur,

Car ta doulceur

Jamais n'abaisses:

Ce qu'une foys as commencé,

Et advancé,

Tu ne delaisses.

 

XX

Le Cantique de Simeon

Luc II

Nunc dimittis servum tuum Domine

 

Or laisses, Createur,

En paix ton serviteur

Ensuyvant ta promesse:

Puis que mes yeulx ont heu

Ce credit d'avoir veu

De ton Salut l'addresse.

 

Salut mys au devant

De ton peuple vivant,

Pour l'ouyr, et le croyre:

Ressourse des petitz,

Lumiere des Gentilz,

Et d'Israel la gloyre.

 

Fin des vingt Psalmes derniers, traduitz par Clement Marot: comprins le Cantique de Simeon.

 

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